Celui qui va à pied

Tous les termes écrits en bleu sont des liens cliquables.

Pourquoi Thébaïde News lire : Présence et retrait (Janvier 2015)

Théophraste est un citadin qui à Paris se fond dans la multitude de ses congénères : les piétons. A la campagne il n’en va pas de même. Se déplacer à pied, passe encore au centre du bourg les jours de marché mais se rendre à la gare, au supermarché, cheminer avec un caddie entre prairies et bois de sapins, un massif de hautes collines en arrière plan, pour rejoindre la thébaïde, cela relève de l’insolite, voire de l’incongru et c’est sans doute dans l’esprit de bien des autochtones un comportement à la limite de la déviance.

Poil

En effet, si rien ne l’interdit, il est quand même particulièrement bizarre de faire autant de chemin comme un  péripatéticien des temps antiques, sans avoir recours à cet engin magique dont sont friands pratiquement tous les humains, même ceux qui n’en posséderont jamais car ils ont toujours le ventre vide et en meurent ; cet engin, cette invention fabuleuse, cette merveilleuse machine déclinée à l’infini sous toutes les performances et les apparences, également responsable d’innombrables accidents, d’irréversibles atteintes à l’environnement : bétonnage, asphalte, macadam, bitume en gigantesques épandages sur des terres qui souvent furent fertiles et (ou) bucoliques, redoutables particules fines si le moteur est du type « diesel », gaz à effet de serre contribuant à l’inexorable, inéluctable, irrépressible,  indomptable réchauffement climatique, extraction jusqu’à la dernière goutte de ces boues noires et mortifères des millions d’années, aussi visqueuses que malodorantes et polluantes converties en essence, en super, en sans plomb 95 ou 98 : l’automobile, la voiture, la bagnole !

Théophraste n’en a cure mais il observe avec amusement (et une certaine malice, mais toujours dissimulée !) les réactions des braves gens qu’il lui arrive de croiser en chemin. Certains ont eu envie de le connaître un peu plus et lui ont adressé la parole. Il répond toujours et engage la conversation. Ainsi à ce vieil éleveur en retraite qui s’appuie volontiers sur le manche de sa bêche pour tailler le bout de gras il a répondu qu’il avait le permis lorsque ce dernier lui a fait remarquer qu’il pourrait acquérir une petite voiture « sans permis », que ce serait quand même plus confortable pour faire ses courses. Il note alors l’incrédulité qui frise parfois la stupéfaction, d’autant que la thébaïde se voit de loin, qu’elle a été repeinte, que le toit en a été refait et que par conséquent Théophraste ne semble pas vraiment dans le besoin, ce qui d’ailleurs incline au respect et à la considération générale des autochtones.

Plusieurs années ayant passé, ils se sont finalement habitués à ce quidam qui marche, qui fait aboyer leurs chiens mais qu’ils saluent poliment au passage.

morvan-nuages

Théophraste qui vient de la capitale a longtemps cru qu’on l’appelait communément « le parisien ». Ce sont des enfants qui lui ont fait comprendre qu’il n’en était rien. Cette belle campagne est comme on dit un pays de vieux qui pour la plupart prennent un médicament contre l’hypertension artérielle mais ne font pratiquement plus usage de leurs jambes. Et parfois on y croise un enfant qui s’exilera vite car comme l’a dit un jour à Théophraste le cafetier de la gare: « Ici, pour avoir du travail, il faut s’occuper soit des vaches, soit des vieux . », faisant allusion à la maison de retraite qui compte une centaine de pensionnaires et autant de membres du personnel.

Et donc un beau matin deux petits blondinets qui  souvent croisaient Théophraste à vélo se sont enhardis jusqu’à lui demander où était sa maison. En ayant reçu l’explication ils s’exclamèrent alors: « Ah vous êtes celui qui va à pied ! ».

Lire aussi :
Qui est Théophraste ?

Contacter Théophraste : lionelf@laposte.net

© Images, photos et textes Copyright Théophraste 2015 – All rights reserved

Publicités

2 réflexions au sujet de « Celui qui va à pied »

  1. Effectivement , aller à pied dans presque toutes les circonstances relève à notre époque de « l’exploit » !! c’est une vision de la vie très particulière! j’aime « aller à pied » dans les chemins de plaines pour me relaxer, goûter au silence,faire de l’exercice, je ne me verrais pas sans voiture pour faire la plupart de mes courses, mes RV médicaux qui sont à 30 ou 40 km de chez moi sans transport en commun ! c’est une certaine philosophie que chacun doit respecter !!!!! mais j’admire ce que vous arrivez à faire « à pied » !!!!!

    J'aime

    • C’est juste. Le propos de Théophraste n’est pas de culpabiliser les automobilistes. La vie collective est organisée de telle sorte qu’il est impossible pour le plus grand nombre de se passer de voiture. Automobiliste durant 6 ans, principalement au Maroc un pays magnifique qu’il a sillonné du nord au sud, il a vendu sa voiture en arrivant à Paris et n’a plus touché un volant pendant 4 décennies. Le moment venu il s’est donc efforcé de trouver une thébaïde accessible à pied en toutes circonstances. Ce qu’il suggère c’est que les sociétés pourraient être organisées autrement afin de réduire le trafic et la production automobiles dans le monde entier (de même que le trafic aérien !), seul moyen sérieux d’atténuer la menace du réchauffement climatique global, si c’est encore possible, s’il en est encore temps… Mais les intérêts en jeu, dira-ton, sont aussi colossaux que l’usage de la voiture est devenu une passion et un besoin planétaires incontournables…

      Aimé par 2 people

Les commentaires sont fermés.