Histoires naturelles Jules Renard

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coquelicots

Jules Renard (1864-1910) n’a pas vécu très longtemps. Il devait pourtant aimer la vie comme il aimait la nature.
Un très beau site pour le découvrir :
Pour Jules Renard

Quelques extraits de ses Histoires naturelles 

Les coquelicots
Ils éclatent dans le blé, comme une armée de petits soldats ; mais d’un bien plus beau rouge, ils sont inoffensifs. Leur épée, c’est un épi.
C’est le vent qui les fait courir, et chaque coquelicot s’attarde, quand il veut, au bord du sillon, avec le bleuet, sa payse.

Une famille d’arbres
C’est après avoir traversé une plaine brûlée de soleil que je les rencontre.
Ils ne demeurent pas au bord de la route à cause du bruit. Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.
De loin ils semblent impénétrables. Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent. Ils m’accueillent avec prudence. Je peux me reposer, me rafraîchir, mais je devine qu’ils m’observent et se défient.
Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître, un peu partout, sans jamais s’écarter.
Ils mettent longtemps à mourir, et ils gardent les morts debout jusqu’à la chute en poussière.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIls se flattent de leurs longues branches, pour s’assurer qu’ils sont tous là, comme les aveugles. Ils gesticulent de colère si le vent s’essouffle à les déraciner. Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d’accord.
Je sens qu’ils doivent être ma vraie famille. J’oublierai vite l’autre. Ces arbres m’adopteront peu à peu, et pour le mériter j’apprends ce qu’il faut savoir :
Je sais déjà regarder les nuages qui passent.
Je sais aussi rester en place.
Et je sais presque me taire.

Le loriot
Je lui dis :
– Rends-moi cette cerise, tout de suite.
– Bien, répond le loriot.
Il rend la cerise et, avec la cerise, les trois cent mille larves d’insectes nuisibles qu’il avale dans une année.

La puce
Un grain de tabac à ressort.

La guêpe
Elle finira pourtant par s’abîmer la taille !

Le lézard
Fils spontané de la pierre fendue où je m’appuie, il me grimpe sur l’épaule. Il a cru que je continuais le mur parce que je reste immobile et que j’ai un paletot couleur de muraille. Ça flatte tout de même.
Le mur. – Je ne sais quel frisson me passe sur le dos.
Le lézard. – C’est moi.
lézard

Le papillon
Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur.

Le chat
Le mien ne mange pas les souris ; il n’aime pas ça. Il n’en attrape une que pour jouer avec.
Quand il a bien joué », il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l’innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.
Mais, à cause des griffes, la souris est morte.
chat

Le cerf
J’entrai au bois par un bout de l’allée, comme il arrivait par l’autre bout.
Je crus d’abord qu’une personne étrangère s’avançait avec une plante sur la tête.
Puis je distinguai le petit arbre nain, aux branches écartées et sans feuilles.
Enfin le cerf apparut net et nous nous arrêtâmes tous deux.
Je lui dis :
– Approche. Ne crains rien. Si j’ai un fusil, c’est par contenance, pour imiter les hommes qui se prennent au sérieux. Je ne m’en sers jamais et je laisse ses cartouches dans leur tiroir.
Cerf

Le cerf écoutait et flairait mes paroles. Dès que je me tus il n’hésita point : ses jambes remuèrent comme des tiges qu’un souffle d’air croise et décroise. Il s’enfuit.
– Quel dommage ! Lui criai-je.Je rêvais déjà que nous faisions route ensemble. Moi, je t’offrais, de ma main, les herbes que tu aimes, et toi, d’un pas de promenade, tu portais mon fusil couché sur ta ramure.

Jules Renard
Histoires naturelles (1894)

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