En un parallèle saisissant

Tous les termes écrits en bleu sont des liens cliquables.

On ne bronche plus. Contre la Crise, la Dette et la Crise de la Dette, on ne lutte pas : on se débat afin d’être à même d’y obtempérer.
Viviane FORRESTER*,  La promesse du pire, p. 17, Seuil, Paris, 2013

En un parallèle saisissant mais qui devient routine pour qui ronronne au présent avec une situation stable, un bon salaire ou une belle pension, bref un quotidien confortable, les médias annoncent  quasiment chaque jour la mort de centaines de migrants (1) en Méditerranée (victimes des passeurs, ces odieux passeurs que privilégie le discours médiatique, permettant ainsi d’éluder les causes réelles qui poussent ces cohortes de malheureux à la mer et à la mort) et à l’interne, en notre douce France, des centaines de licenciements, pardon des « plans sociaux » (!) qui plongent dans le désarroi et la peur du lendemain des centaines, des milliers de salariés qui vivent alors dans l’angoisse d’être un jour jetés à la rue, et pourquoi pas en famille, devenant ainsi SDF (112000 en 2012 dont 31000 enfants selon l’INSEE).
SDF
, un acronyme comme bien d’autres que psalmodient les médias dans l’incompréhension des masses : CAC, DAX, FTSE, NASDAQ… mais d’une toute autre résonance et comme une illustration tangible de « nos valeurs », les vraies !
Devenir un acronyme (non boursier) et finir un jour dans une tombe  du « carré des indigents » (anciennement fosse commune) du cimetière de Thiais par exemple, réservé en région parisienne aux « morts de la rue » (2). Un destin ? !
« Ah la belle, ah la belle, ah la belle société ! » comme le chantait Jean Ferrat
(lien vers  les paroles, la chanson en vidéo et beaucoup d’autres de ses chansons)
.

La Méditerranée devient le cimetière de nos valeurs, a-t-on pu entendre dans la bouche d’un universitaire sur France Culture. L’Union européenne, ses gouvernements se sentent interpellés, contraints à réagir dignement (!), mais au fond de quelles valeurs s’agit-il ?

mi-20

Sur quel mirage avons nous encore l’audace de vivre quand jour après jour, sans que nous en prenions vraiment la mesure, toujours persuadés que nous pourrons, quoi qu’il advienne, continuer nos petites affaires, c’est la civilisation qui s’effondre ? Un effondrement que les politiques s’emploient à masquer derrière des effets d’annonce et des commentaires vaseux qui parviennent encore à dissimuler au plus grand nombre l’ampleur d’un désastre dont nous pourrions ne jamais nous remettre.

Méditerranée

Quand la Méditerranée finira par rejeter quelques cadavres sur les plages de Saint-Trop’, Cannes ou Mandelieu, l’émotion sera vive chez les aoûtiens bronzés…

Quel âge a notre temps où s’inscrivent en silence des ravages en regard desquels Attila ferait figure de touriste discret ?
Viviane FORRESTER*,  La promesse du pire, p. 29, Seuil, Paris, 2013

Viviane FORRESTER (1925-2013) est une essayiste et romancière, qui a connu un succès planétaire avec un livre paru en 1996 : L’horreur économique (l’expression est de Rimbaud). En 2000 elle faisait paraître Une étrange dictature  puis Le crime occidental, un livre sur le problème israélo-palestinien.

Onze jours avant sa mort, le 30 avril 2013, Viviane FORRESTER faisait parvenir à son éditeur une vingtaine de feuillets de ce qui devait être un essai dans le prolongement de L’horreur économique  qu’elle avait intitulé La promesse du pire (lire l’extrait)  et que Le Seuil a fait paraître sous forme d’opuscule. Un texte dense, lucide et tout aussi prémonitoire que les précédents.

(1) Le mur meurtrier de la Méditerranée : L’assassinat institutionnel de masse de l’union européenne
(2) Collectif Les Morts de la Rue
Lire aussi : A Paris les morts isolés « ne sont plus enterrés comme des chiens »

A propos :

Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »** le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

** Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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