La nature tiendra ses promesses !

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« Comment faire quand l’ennemi n’est pas en face de nous mais nous traverse ? »

La nature tient ses promesses et elle tiendra toutes ses promesses !

Il n’y a d’ailleurs que la nature qui tienne réellement ses promesses. Celles d’un être humain sont souvent douteuses ou sujettes à caution et la fiabilité n’est pas la caractéristique essentielle de notre curieuse espèce.


Une vivace, des pavots plantés en mars et qui se plaisent à la thébaïde. Une promesse tenue.

Ainsi la nature tiendra-t-elle la promesse que nous l’avons amenée à nous faire et dont nous qualifions béatement les effets en terme de « réchauffement climatique ».
En effet, si on se reporte 15 ans en arrière, au franchissement du millénaire en 2000, il y a eu un grand intérêt médiatique pour cet événement (en fait un simple saut calendaire), un intérêt mondial et très fantasmatique pour toute l’humanité. Les télévisions ont alors diffusé moult reportages et documentaires. On parlait déjà du réchauffement climatique et sur un ton prémonitoire. Une brochure de l’ADEME (« Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie », quelle terminologie rassurante !) intitulée : « La planète en question Le changement climatique », posait en surtitre cette question bébête : « Quel temps fera-t-il demain ? » (2004)

Cependant les climato-sceptiques  étaient encore très loquaces et assez âpres dans leur contestation de ce phénomène. Il n’est que de se rappeler la forte médiatisation d’un certain Claude Allègre, ex-ministre de l’Education Nationale (une institution en perdition…) qui faisait distribuer dans les casiers des profs une revue au titre ronflant : « 21e siècle ».

Ce type de discours trouvait encore preneur. Aujourd’hui on ne l’entend plus, on ne les entend plus… Les chaînes culturelles comme Arte diffusaient alors des programmes au cours desquels des spécialistes disaient déjà, haut et fort, que l’époque industrielle avait considérablement altéré le climat et qu’il serait difficile de s’en remettre, quelles que soient les mesures que l’on prendrait, que d’une certaine manière c’était déjà un peu trop tard.

Une clématite* plantée en octobre et comme il se doit, « le pied à l’ombre et la tête au soleil ». Promesse tenue.
* Variété multiblue. Il existe une variété Jean-Paul II (authentique !), blanche et immaculée pour plaire au Seigneur mais qui ne se serait pas adaptée à la thébaïde,Théophraste étant un ermite religieusement incorrect et plus encore politiquement.

Or voici qu’aujourd’hui, en 2015, on prépare une grande conférence des Nations Unies (la nième)« pour un accord universel sur le climat », autrement dit la COP 21 (qui sait ce que ça veut dire ? Micro-trottoir !). Une conférence qui, soit dit en passant, doit avoir lieu au Bourget, là où le président exemplaire du « changement c’est maintenant » et de « l’inversion de la courbe du chômage » avait clamé haut et fort qu’il damerait le pion à son « ennemi, la finance » (divines promesses d’un super hiérarque démocratiquement élu !) , une conférence à laquelle participera tout le gratin de la vertitude mondiale, gouvernementale ou non gouvernementale et comme on dit « la société civile ». On donnera sûrement aussi la parole aux représentants des petits pays du Sud les plus menacés (comme le Vanuatu qui a déjà été dévasté récemment par un terrible ouragan, mais c’est déjà du passé !), histoire de s’apitoyer un peu et de faire solidaire, probablement aussi à des délégations de jeunes gens bien choisis et volontaires pour prendre la parole avec le pathos et la télégénie idoine qui recueilleront l’écoute attentive et responsable de toutes les délégations sous l’œil des caméras du monde entier. Bref un grand moment !

L’objectif étant de trouver un accord (universel !) pour limiter les émissions de gaz à effet de serre qui compromettent gravement l’avenir de la planète et de l’humanité (maintenant on le reconnaît) et contenir le réchauffement  à 2 degrés (la barre symbolique d’ici 2020, c’est-à-dire demain !), alors que désormais les experts le reconnaissent, si rien ne change on pourrait atteindre 4 à 6 degrés d’ici la fin du siècle, le 21ème, cher à Claude Allègre, et probablement le dernier pour l’édition des calendriers dont l’humanité probablement disparue avec une foultitude d’autres espèces vivantes n’aura plus besoin.

Petit relevé dans les archives théophrastiques, un entrefilet dans l’Express du 5/10/2006 :
« Il n’a jamais fait si chaud depuis 32000 ans : c’est la conclusion d’un climatologue de la Nasa, James Hansen. Ces trente dernières années, la température du globe a augmenté de 0,2 degré par décennie. Il suffirait d’un degré supplémentaire pour égaler le maximum enregistré au cours du dernier million d’années. Et si la Terre devait se réchauffer de 2 ou 3 degrés de plus, comme le prévoient les hypothèses basses des experts, «nous nous retrouverions au niveau du pliocène, il y a 3 millions d’années, quand les océans étaient 25 mètres plus haut », souligne Hansen. »

Cerisier planté à la thébaïde il y a 6 ans ayant très peu donné jusqu’à présent et qui cette année s’annonce très fructifère. Il faut être patient avec les cerisiers mais la promesse sera tenue. Pour le voir en fleurs il y a quelques semaines c’est ici. .

En même temps il faut continuer l’exploitation de tous les combustibles fossiles là où ils gisent encore. Des entreprises bien connues et de réputation mondiale s’évertuent à chercher et extraire du pétrole dans les endroits les plus reculés de la planète et dans les conditions les plus hasardeuses pour l’environnement : pétrole, sables bitumineux, gaz de schiste, sans parler du charbon qui est loin d’avoir fini sa carrière. Parallèlement on va se lancer dans des économies d’énergie – en réalisant le « Grand Paris », les grands projets inutiles type Lyon-Turin, Notre dame des Landes, des tours par ci par là etc ? ! – on va engager aussi un vaste programme d’énergies dites renouvelables qui devrait créer des centaines de milliers d’emplois et surtout de super profits (car le but ultime est quand même de faire toujours des profits). Cette « transition énergétique » doit aussi s’accommoder de la volonté toujours affichée de complaire au lobby nucléaire et de continuer à investir des sommes faramineuses d’argent public dans cette énergie calamiteuse, hyper dangereuse, une épée de Damoclès sur nos sociétés, mais si vertueuse en terme d’émission de gaz à effet de serre !

Une chose est sûre, ce ne sera pas une conférence pour remettre en cause ou simplement réguler la course au profit qui elle seule a dans ce monde valeur d’universalité, recueille un consensus quasi universel et qui est proposée dès le plus jeune âge comme le but ultime de toute éducation… On n’enseigne et ne pratique plus guère le respect de la nature et des formes de vie qu’au Bhoutan, un petit royaume religieux bouddhiste dans l’Himalaya  ou encore dans des zones reculées de la planète où survivent quelques peuples indigènes de culture animiste, écrasés, laminés, voire exterminés par l’Occident ravageur (le terme étant pris au sens large car il s’applique aussi à tous les peuples occidentalisés sur tous les continents, soit la quasi totalité de l’humanité). Ces ultimes bons sauvages ne suscitant guère l’intérêt que des ethnologues et d’un public ciblé qui, dans les pays développés, peut encore s’émerveiller tard dans la soirée de les voir s’ébattre dans leur milieu naturel grâce à un bon documentaire sur une chaîne culturelle et parfois s’apitoyer sur leur triste sort, mais pas trop car les misères, les turpitudes et les horreurs  sont en recrudescence partout et les plus humanistes courent de plus en plus le risque d’une saturation compassionnelle et d’un burn out humanitaire !

Promesse solaire : le tournesol ou héliotrope qui doit son nom au fait qu’il se tourne vers le soleil. Une petite graine qui en quelques semaines va donner une plante de plus de 2 mètres de haut, parfois 3, voire 4, avec un disque (capitule) bourré de graines pouvant atteindre 30 cm de de diamètre, des graines dont raffolent les mésanges et dont on fait une bonne huile de table. (Été 2014)

Alors quelle conclusion tirer de tout cela ? Ce serait déjà trop tard, il n’y aurait plus rien à faire ? La conférence sera de toute façon un grand barnum mondial et multimédia. Le président du changement, dont ce pourrait être pour lui l’occasion de se recrédibiliser et un argument pour conserver le pouvoir en 2017, fera tout son possible pour obtenir un super accord en forme de buzz médiatique intercontinental mais dont la nature n’aura que faire comme elle le manifestera probablement dans les décennies, voire les années à venir. Et  puis d’ici 2016, 2017 (à supposer qu’on parvienne à mettre en œuvre un tel accord) on en aura extrait  des combustibles fossiles… Quant au thermomètre !…

Au fond tout cela est sans intérêt. Alors que faire ? Rien ? On attend sagement, tranquillement l’annonce de la prochaine catastrophe sur les chaînes d’info en continu ?

Des voix se sont pourtant fait entendre. Il serait urgent de les écouter enfin et d’y prêter la plus grande attention. Ainsi celle de Serge Latouche dans Survivre au développement  (Mille et une nuits, 2004) :
« Le développement a été et est l’occidentalisation du monde »* et c’est un « mot toxique » (p. 29) Quant au « développement durable » c’est une imposture et « un concept pervers » (p. 30)
« Finalement, le développement comme la mondialisation sont des machines à affamer les peuples. » (p. 87)
« En d’autres termes, il faudrait décoloniser nos mentalités pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur. » (p. 106)
* du même auteur : L’occidentalisation du monde, Paris, La Découverte, 1989.

Pour Naomi Klein aussi le développement durable est un mythe.
Le site Reporterre fait une bonne analyse de son dernier livre :
Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique
Extraits de l’article : Le capitalisme détruit le climat :

D’une certaine manière, nous sommes tous des climato-sceptiques, parce que nous ne pouvons pas imaginer tout changer, nos modes de vie, nos perspectives d’avenir, l’économie. Alors, on enregistre toutes ces informations sans réagir et on se dit que ça va peut-être s’arranger, que rien n’est sûr. (…)
« Soit nous décidons de ralentir le changement climatique et il faut transformer radicalement notre économie, soit nous continuons sur notre lancée sans rien changer au modèle économique, et c’est notre monde physique qui se transformera radicalement, pour le pire. » (…)
Mais ce capitalisme n’est que l’aboutissement de l’attitude de l’humanité qui, depuis la préhistoire, pille la nature au rythme du perfectionnement de ses moyens techniques. (…) Pourtant le livre reste optimiste, car, dit-elle, « c’est peut-être au moment du désastre ou juste après, qu’il est possible de reconstruire autrement. » Et, « en 2009, une étude a montré comment 100% de l’énergie nécessaire dans le monde, pour tous les usages, pourrait être fournie par l’eau, le vent et le soleil dès 2030. »

On peut lire ici l’article dans  son intégralité.

Par ailleurs  des collectifs se préparent à agir, à se faire entendre. Ils manifesteront. On peut, on doit les soutenir. Ce sont surtout des jeunes particulièrement courageux comme les zadistes qui on l’a vu, sont souvent violemment réprimés. La mort de Rémi Fraisse n’est pas si lointaine…

Manifester ne suffira probablement pas mais doit-on pour autant se résigner, attendre passivement que tout empire et devienne ingérable ? Ce n’est pas le seul péril auquel nous risquons d’être confrontés dans les années et les décennies à venir. Mais il est de taille. Chacun peut et doit se déterminer en conscience, quoi qu’il arrive.

Car quoi qu’il arrive la nature tient ses promesses et elle tiendra toutes ses promesses !

« La nature ne plaisante pas. Elle est toujours vraie, toujours sérieuse, toujours sévère, elle a toujours raison. Les fautes et les erreurs viennent toujours des hommes. »

Goethe (1749-1832)


 A propos :

Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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Une réflexion au sujet de « La nature tiendra ses promesses ! »

  1. Très bel article en effet, qui nous amène vraiment à commencer par nous remettre en question, puis nous donne envie de bouger, de nous retrousser les manches et d’agir.
    Merci à vous

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