Web addiction Web aliénation

Tous les termes écrits en bleu sont des liens cliquables. (Accès à plus d’info, des vidéos)

Web déréliction* ?

*Déréliction : Religieux. État de l’homme qui se sent abandonné, isolé, privé de tout secours divin. Délaissement. Le Petit Robert.

Aux jeunes (et aux moins jeunes qui liront cet article) :
« Des gens de votre âge, en mai 68, avaient affiché : « Fermez la télé, descendez dans la rue ». Nous vous disons : Balancez vos écrans, descendez dans la vie. Lâchez la réalité virtuelle pour la vie réelle. Lâchez l’ombre pour la proie. »
Pièces et main d’œuvre, Grenoble, le 24 mars 2015

Adresse aux lycéens : « Pourquoi il faut s’opposer à la tyrannie technologique ? » (à  lire absolument !)

De l’addiction à l’aliénation la frontière est bien mince et reconnaître avant toute chose que Théophraste (qui n’est pas tout jeune) n’y échappe pas. A tout le moins à l’addiction. Mais il freine des quatre fers à la dépossession de soi qu’implique un usage immodéré de cet instrument et  donne toujours priorité à l’incarnation sur la virtualité.

Au début des années 90 on a commencé à entendre parler dans les médias des « autoroutes de l’information ». Internet était né et allait nous envahir.

Wikipedia parle à cet égard de « bouleversement social » :

« Le développement du réseau Internet entraîne un bouleversement sans précédent depuis l’apparition de l’imprimerie. Ce n’est pas une simple révolution technologique, mais un remaniement complet de la manière dont l’humanité appréhende le monde qui l’entoure. La mise à disposition constante d’images et d’idées et leur transmission rapide ont des conséquences sur le développement psychologique, moral et social des personnes, la structure et le fonctionnement des sociétés, les échanges culturels, la perception des valeurs et les convictions religieuses. La planète est devenue un réseau mondial, bourdonnant de transmissions électroniques, une planète « en conversation » nichée dans le silence réservé de l’espace. Tout cela n’est pas sans poser des questions éthiques sur le développement de la personne humaine et la chance que peuvent avoir les personnes et les peuples de percevoir une transcendance. »

Tout ça est bien dit. En fait ça va beaucoup plus loin et même terriblement loin.

N’y a-t-il pas quelque chose de fantastique à se représenter des millions, des centaines de millions, voire 1, 2 ou 3 milliards d’individus ou plus encore (qui peut le dire ?), seuls, dans des logements le plus souvent exigus dans des métropoles, des mégalopoles surpeuplées et polluées mais aussi dans des campagnes reculées, des zones montagneuses, arides, des îles perdues, et vous et moi, seuls devant un écran, aux mêmes heures du jour et de la nuit, avec pour seule variabilité les fuseaux horaires, désespérément accrochés au vide et aux illusions du web ?

Internet est en fait devenu un outil  merveilleux, irremplaçable (qui permet de savoir tout sur tout en quelques clics) mais aussi un outil cauchemardesque et dangereux.

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Quand les générations futures (s’il en est encore) n’écriront plus que sur clavier… Une main qui ne sait plus produire de textes manuscrits, de documents olographes.

On peut avoir jeté sa télé ou n’en avoir jamais eu, rares sont ceux qui désormais se privent d’Internet, sauf les vrais pauvres bien entendu. Et ceux qui disent faire le minimum avec cet outil y reviennent quand même régulièrement et souvent quotidiennement, ne serait-ce que pour ouvrir l’universelle boîte de Pandore, la boîte mail où peuvent vous arriver toutes sortes de sollicitations perverses comme ces mails dits de phishing si curieux de collecter vos coordonnées bancaires par exemple…

Ce super média avec ses réseaux dits sociaux permet aussi toutes les dérives : instrument de prosélytisme et de propagande de tous les terrorismes : vidéos de destruction de patrimoine archéologique, de mises en scènes de l’horreur (égorgements, décapitations) entre autres.
Faute de ne plus savoir adresser la parole à son voisin  on peut aussi tchater avec des inconnus sous pseudo pour les motifs les plus divers sur des sites de tous ordres, des forums (le forum était, dans l’antiquité romaine, un espace public où l’on se retrouvait pour discuter de vive voix). On peut converser et se voir (!) via Skype. On peut aussi avoir des centaines d’amis sur Facebook et être tout simplement seul et se sentir délaissé, être en état de web déréliction !

Ainsi une gamine de 13 ans peut elle épouser un djihadiste de 40 ans sur Skype qui depuis la Syrie lui promet de pouvoir retrouver son frère mort et l’accès immédiat au paradis si elle porte une ceinture d’explosifs. Et autres témoignages : Donia BOUZAR sur France Inter dans le 7-9 de Patrick Cohen, jeudi 14 mai 2015 L’embrigadement ne concerne plus seulement les jeunes fragilisés.
Consulter son site : BOUZAR Expertises Cultes et Cultures (voir les vidéos dans la rubrique médias, effarant !)

Scandale au collège Montaigne à Paris
Des gamins de 10 à 11 ans d’un collège parisien BCBG (Montaigne) visionnent à la récréation des vidéos porno sur leur téléphone portable (à 11 ans ils ont une connexion Internet sur le smartphone, voire l’iPhone, on n’est pas gosses de bourges pour rien) et se livrent ensuite à des attouchements sur des filles  dans les toilettes. (J T, médias en continu, 14 mai 2015). La ministre prend l’affaire au sérieux, il y aura des poursuites. Contre qui ? « Les parents réclament que l’usage des smartphones soit interdit au sein du collège. »  Tiens donc !

Remise en cause de ce type de ravages de l’Internet, personne n’y songe. D’ailleurs l’Éducation nationale et autres institutions encouragent l’usage de tablettes à tout va. L’association PRIARTEM s’en inquiète :
« Alors que les signaux d’alerte s’accumulent montrant notamment la possibilité d’effets cancérigènes, un sujet fait consensus : la vulnérabilité particulière des enfants. Leur morphologie, le fait que leur système nerveux central soit encore en formation, le fait que leur boîte crânienne soit moins protectrice, le fait que leur cerveau soit de moins grande taille que celui des adultes, tous ces éléments se traduisent par une pénétration beaucoup plus importante des rayonnements dans leur organisme. Pour réduire leur exposition, il convient tout d’abord de limiter les sources d’exposition et les temps d’exposition. L’école doit, en ce sens, demeurer un lieu protégé. En introduisant ce type d’outils dans les écoles maternelles et élémentaires, on favorise une exposition précoce de milliers d’enfants qui pourrait être évitée par la simple mise en place de connexions filaires. » (voir la lettre de Priartem à Najat Vallaud-Belkacem).
Voir aussi  ROBIN DES TOITS.
Et ne surtout pas zapper cette 
Lettre d’un enseignant dématérialisé à la ministre de l’Inculture.

Même les « personnes âgées », les « seniors », autrement dit les vieux (et ceux là sont peut-être les plus pathétiques), se la jouent modernes et branchés comme il faut, tablette et iPhone obligent (quand ils ont une bonne pension). Des mauvaises ondes ils n’en ont cure, résignés sans doute à ce qu’on leur apprenne un jour qu’ils sont atteints d’une maladie dégénérative. Ils feront avec, du moment qu’ils puissent encore sautiller de portable en tablette et vice-versa. Ils ont bien sûr tout oublié de cette époque archaïque où l’on trouvait dans sa boîte aux lettres autre chose que des pubs et des factures mais de ces vraies lettres manuscrites, olographes, écrites sur du papier, des lettres que l’on emportait avec soi, que l’on pouvait relire plusieurs fois, que l’on conservait parfois toute une vie et qui pouvaient se transmettre d’une génération à une autre.

Quant aux jeunes (au sens large) n’est-il pas affligeant de les voir sans cesse captés par l’écran de leur portable ? Certains en ont 2, parfois 3 et sont obnubilés par ces petits objets qu’ils manipulent de façon compulsive, indifférents à ce (et ceux) qui les entourent, particulièrement dans les transports en commun. Un autisme social généralisé, une aliénation consentie, un esclavage numérique volontaire (La Boétie revisité par les nouvelles technologies), une vie de zombies virtualisés, adonnés aux « gadgets de la téléphonie morbide ».

Premier bilan : Une capacité de concentration désormais inférieure à celle d’un poisson rouge. « Lui tient 9 secondes avant de passer à autre chose, et nous 8. Or c’était 12 il y a une quinzaine d’années. » Lire :  Internet, le téléphone et les poissons rouges.


Quand le livre sera devenu un objet archaïque et de relégation, n’inspirant plus qu’une lointaine curiosité mêlée de crainte… Surprise d’un jeune internaute à la vue d’un très ancien livre papier.

 

Incidence majeure : quel type de relations avons nous aujourd’hui ?
Reportons nous 20 ans en arrière. Dans un film américain sorti en 1995, Denise au téléphone : « Les personnages ne se voient plus car ils ont réalisé chacun de leur côté que tout pouvait se faire à distance. Parler, aimer, rêver, vivre, mourir… absolument tout peut se faire par téléphone. » C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui par Internet.
Voir ici la bande-annonce de ce film.

Et aujourd’hui encore ? Des rencontres, de vraies rencontres, peuvent toujours se produire (miracle !), dans  le monde réel, une conversation s’engager, une sympathie réciproque affleurer et l’on échangera un mail, un numéro de portable si l’on est plus audacieux… Mais il est extrêmement rare que ce type de rencontre trouve un prolongement dans le réel et qu’il en découle une véritable relation amicale. Il peut s’ensuivre un échange de mails comportant l’usage réitéré du mot « amitié » mais ça n’ira jamais plus loin. Il en sera de ce mot comme de l’adverbe cordialement (étymologie : qui se rapporte au cœur !) qui vient conclure les communications les plus diverses (administratives, commerciales, pseudo-amicales…), un mot parfaitement abusé, en totale rupture de sens. Ce type  de communication désincarnée n’est pas anodin et permet en fait de se protéger de l’autre qui est de plus en plus vécu sur un mode fantasmatique. L’éventualité de le retrouver dans le réel peut être ressentie comme un péril. Impossible de décrocher son téléphone pour l’appeler (une expression par ailleurs désuète puisque cela se fait par un effleurement du pouce), sa voix pourrait nous troubler. Ce contact par mail, toujours virtuel est infiniment plus rassurant et sécurisant. Il nous donne la réconfortante illusion d’être à l’écoute de l’autre, des autres, d’avoir ainsi rompu notre isolement (nous sommes connectés !) alors que nous sommes de plus en plus repliés sur nous-mêmes face à nos écrans et toujours porteurs d’une souffrance inavouée.

Alors ne plus exister que par le biais de ce petit écran fascinant aux multiples icônes qui vous avertit d’un bip qu’on vous a écrit, envoyé une photo, que VOUS EXISTEZ (!) pour un autre que vous ne VOYEZ (ne VERREZ peut-être) jamais ! Et poursuivre une existence de zombie connecté à l’instar de ces milliards d’autistes  volontaires et assumés ? Ou SUBVERTIR  tout cela ?!

Balancez vos écrans !

« Balancez vos écrans, descendez dans la vie. Lâchez la réalité virtuelle pour la vie réelle. Lâchez l’ombre pour la proie. »

Petit téléphone archaïque, smartless (paléonumérique inférieur).

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Nota Bene :
Avec ses quelques mois d’existence Thébaïde News a été un blog à parutions aléatoires. Il le sera davantage encore. Non pas que les sujets d’inspiration lui manquent mais Théophraste a décidé de passer moins de temps devant son écran et dans le silence spectral du net ; chaque article est un travail qui exige des recherches sur le web puis une mise en œuvre esthétique et informatique ! Théophraste préfère délibérément se plonger dans des livres papier…

Par ailleurs il a bien conscience de diffuser des vérités qui dérangent. Son but, s’il en a un, n’est pas de perturber ses lecteurs, les médias ordinaires s’en chargent très bien. Il souhaiterait bien sûr que « ça change » comme on dit mais ne se fait aucune illusion car comme le lui a écrit fort justement un correspondant, de façon un peu abrupte : «Tant qu’on n’est pas concerné, on s’en fout ! » ; ce genre d’observation se rapportant à tous les sujets sensibles.
Théophraste remercie ses lecteurs sur écran pour l’attention qu’ils lui ont portée et leur souhaite une longue vie numérique, de passionnantes découvertes sur le web ainsi que de chaleureux et fructueux contacts (échanges de mails et pourquoi pas visiotchats évanescents sur Skype) aussi virtuels que désincarnés.


 A propos :

Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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