La canicule, Dieu, le FRIC

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Texte écrit au cœur de la canicule de ce début d’été 2015

« L’ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle (…) »
Pierre de Ronsard (1524-1585)
A la Fontaine Bellerie (Odes, II,9)

Théophraste n’est pas que ce rabat-joie, contempteur du téléphone portable, de la web addiction, du transhumanisme et autres dérives scientistes ou le prophète de malheur, annonciateur de calamités et d’extinction des civilisations(1). Ont-elles d’ailleurs jamais existé en tant que telles ? Une question apparemment saugrenue mais que cependant on peut se poser en ce début de 21 e siècle chaotique.
Théophraste est aussi un modeste jardinier qui aime les fleurs et toutes les beautés que la nature peut prodiguer.

                      

                          Althéas très atteints                             Pommier mort (voisins)

L’inéluctable « réchauffement climatique »(2) déclencheur de canicule peut cependant affecter les végétaux et leur causer maintes souffrances.

En dépit de copieux arrosages, voir des massifs floraux se flétrir prématurément, des arbustes prendre les teintes de l’automne et perdre leurs feuilles au début du mois de juillet n’est pas pour réjouir le modeste jardinier qui ne peut s’empêcher d’y voir ce qui métaphoriquement se profile pour l’humanité entière dans les décennies à venir. Le fait est que nous sommes bien incapables d’infléchir cette évolution mortifère.

L’herbe est brûlée, les sapins en arrière plan sont immuables, le jour où ils grilleront les humains iront très mal.

On pourrait ironiser à propos de cette fameuse conférence de Paris fin 2015 et se demander si le grand spécialiste en inversion des courbes (ayant épuisé celle du chômage) parviendra à convaincre les grands décideurs pollueurs de la planète d’inverser celle des températures en consentant à réduire leurs « émissions de gaz à effet de serre », autrement dit leurs profits. Il pourrait alors être sacré thaumaturge de la COP 21 mais les faiseurs de miracles n’existent, c’est bien connu, que dans les croyances dénommées religions.

Certains althéas s’en tirent mieux que d’autres et parviennent à fleurir.

Les religions(3) : un programme inépuisable de dogmes, préceptes, injonctions supraterrestres, un abîme de détresses morales, de peur de la mort et de fantasmagoriques espérances (voire de fanatismes légitimant toutes les horreurs) projetées sur une entité (en fait une création mentale répondant à un besoin dit de « transcendance » !), qui s’est affirmée au singulier ou au pluriel selon les circonstances et les régions du monde, à toutes les époques de l’histoire de l’humanité et qui perdure dans la cervelle de milliards d’individus, ceux là mêmes qui aujourd’hui avec tous les autres (ceux qui ne croient pas au « ciel » mais font preuve de la même « servitude volontaire » à l’égard des puissants)) se trouvent confrontés au « réchauffement climatique »(2) et à qui la nature exprimera jour après jour qu’ils sont à sa merci et qu’à force de l’exploiter, la spolier, la dominer, ils n’auront d’autre choix que de l’accompagner là où elle voudra les mener, transhumanistes y compris.

Chênes morts (voisins)

Et leur(s) Dieu(x) n’y pourront rien, même celui qu’ils ont tous en commun, qu’ils ont fait universel, qui transcende toutes leurs divisions depuis l’aube des temps, mais au nom duquel ils se livrent d’impitoyables guerres, pour lequel ils ont inventé des mécanismes complexes de gestion qui sont aussi de surpuissants outils de pouvoir et de domination, des mécanismes qui ont acquis le même degré de sacralisation que les dogmes des grandes religions dites révélées et auxquels ils ont donné le nom générique de finance.

De sorte que même les derniers des humains, les plus humbles et les plus démunis sont tenus de rendre un culte à cette fiction aussi terrible qu’elle est universellement révérée, à ce Dieu suprême qui leur a ouvert un compte dans son au-delà, un compte qu’ils se doivent de maintenir créditeur (par tous les moyens possibles et imaginables, mais le plus souvent à la sueur de leur front ou de leurs méninges), s’ils veulent pouvoir retirer aux DAB (Distributeurs Automatiques de Billets) ou dans ces temples toujours clean et souvent climatisés que sont les banques, les petites images pieuses aux multiples effigies (« In god we trust » – En Dieu nous croyons – va jusqu’à clamer l’une d’elles de couleur verte, bien connue et tellement enviée et ne parlons pas de la monnaie rocambolesque dite unique qui n’a pas fini de perturber le Dieu suprême !). N’est-ce pas en échange de ces précieux petits papiers que tous les parias de la Terre trouveront de quoi se nourrir, se vêtir, se loger etc, et sans lesquels ils ne pourront que crever, comme la nature qui ignore toujours ce qu’est LE FRIC(4) et qui pourtant finira aussi par en crever.

« Et c’est vous qui êtes, avec l’école, avec la télévision, le calme de vos journaux, c’est vous les grands conservateurs de cet ordre horrible fondé sur l’idée de posséder et sur l’idée de détruire. »

Pier Paolo PASOLINI (1922-1975),
L’ultima intevista di PASOLINI Colombo & Ferretti, Éditions Allia, Paris, 2014

(1) Une définition réaliste de la civilisation pourrait être : organisation provisoire de la barbarie

(2) Les riches détruisent la planète : qui les arrêtera ?
Ce n’est pas le climat qu’il s’agit de sauver, mais la possibilité de toute vie décente d’ici 20 à 30 ans. Même un rapport du pétrolier Shell reconnaît que la température moyenne sur Terre pourrait augmenter de 4 °C à moyen terme. On sait qu’il en résulterait la fonte de l’intégralité des banquises, une hausse de plusieurs mètres du niveau des océans, une diminution de la surface des terres arables et un chaos mondial. Mais Shell, Total et les autres fossoyeurs du climat s’en moquent… Après eux le déluge !
La lettre d’Attac 9/6/2015

(3) Il y aurait tant et tant à écrire sur les religions et d’une certaine manière cela a déjà été fait. Des bibliothèques entières leur sont consacrées. Reconnaître simplement que ce sont aussi des cultures, des modes de vie et qu’à ce titre tous ceux qui les pratiquent doivent être respectés et respecter les croyances de l’autre sans chercher à imposer les leurs. Vœu pieux ? Si le grand Victor Hugo a pu dire : « Croire est difficile, ne pas croire est impossible », on peut prendre le contre-pied d’une telle assertion, reconnaître qu’en fait croire est ce qu’il y a de plus facile, ne pas croire au contraire est difficile à faire accepter à l’immense majorité de ceux qui croient et dont l’intolérance d’une croyance à l’autre et surtout à l’égard des « mécréants » n’est plus à démontrer. Or ne pas croire est loin d’être impossible !

(4) On parle d’argent sale, quel pléonasme ! Le fric a-t-il jamais été propre ?
Et ne sommes nous pas tous adonnés à cette religion du fric, fidèles malgré nous, respectueux et soumis à ce Dieu Fric Universel : DFU, (un nouvel acronyme, un de plus, ça ne peut pas faire de mal !). Nous y sommes contraints, n’est-ce pas ? Seuls les SDF (nul n’ignore le sens de cet acronyme devenu si populaire !) ainsi que tous les pauvres et les parias de ce monde dont le nombre est en croissance exponentielle sont délaissés par le DFU. Leur condition serait-elle une punition divine que par notre soumission au DFU nous leur infligeons collectivement puisque tous ensemble nous formons ce qu’on appelle « la société » que le DFU supervise et manipule à sa guise du haut de son ciel bancaire ?
En échange de quoi il nous permet de nous livrer en secret à ces pratiques occultes : placer nos petites économies de citoyens avisés sur des comptes très peu rémunérés (mais la corne d’abondance est vide semble-t-il, et le Dieu Fric ne peut en son immense mansuétude consentir davantage), ou les investir dans des assurances dites de vie (et de mort ?) ou encore dans des « compléments de retraite » pour mieux jouir de la vie juste avant la mort. Il autorise aussi les plus téméraires d’entre nous à se lancer sur les « marchés », dans le grand jeu de qui perd gagne, scrutant chaque jour les cours de bourse sur l’écran d’un ordinateur, taraudés au fond des tripes par l’espoir du gain et la peur de perdre. Il a aussi créé les jeux de hasard qui peuvent rapporter gros comme le Loto en France qui n’est pas l’apanage des péquenots comme on pourrait le penser puisque des individus BSTR (Bien Sous Tout Rapport), de « gôche », voire anars, s’y livrent avec bonheur, toujours animés du désir de décrocher enfin la timbale, le jackpot qui révolutionnera leur vie tant l’immoralité ordinaire et la puissance des mirages sont prégnants même dans les âmes les plus « progressistes » !

N B:
Puisqu’il est question de fric, Théophraste, à l’instar des honorables parlementaires de la représentation nationale du pays France fera la déclaration de patrimoine suivante :
Fils de pauvres sans héritage (une institution que nul ne songe à remettre en cause, et pour cause!), locataire durant toute sa vie déjà longue, et depuis quatre décennies dans la capitale du pays France, il a acquis sur le tard (sexagénaire qui sera bientôt septuagénaire) cette humble thébaïde au fin fond d’une province française dont il donne quelques échos sur ce blog, avec ses modestes économies de « hussard noir de la République », une « carrière » (!) qu’il a terminée à minima dans la classe dite « normale » de son « grade ». Et Dieu (!) sait s’il en a pris pour son grade ! Normal, il s’occupait d’enfants « étrangers non-francophones » (cf Ils étaient étrangers) et s’était mis en tête de les aider et de les défendre !
Ainsi donc, l’âge aidant comme on dit, il a fini par laisser derrière lui ces lieux « d’épanouissement, d’intégration et de réussite » que sont les casernes éducationnelles, sans la conséquente bonif qui apporte pas mal de beurre dans les épinards de la retraite et qui est réservée à ces happy few du « mérite », intronisés « hors-classe », une notion vénéneuse mais très consensuelle chez les valeureux hussards ayant intégré le catéchisme du DFU et se l’étant appliqué avec bonheur.

La pollinisation est un service gratuit que fournit la nature (puisqu’elle ignore le fric !) et qui conditionne largement l’alimentation humaine.
« Selon l’INRA, la production de 84 % des espèces cultivées en Europe dépend directement des pollinisateurs, qui sont à plus de 90 % des abeilles domestiques et sauvages ! »
Plus d’info c’est ici.
Or on sait que partout dans le monde les colonies d’abeilles et autres pollinisateurs s’effondrent (pesticides mais pas seulement). Mais ce n’est pas grave, si nous vivons assez longtemps nous verrons l’avènement des « smart cities » (les « villes intelligentes ») où vivront « nos enfants » qui feront de délicieux repas virtuels dans des restaurants branchés (et connectés !). Et il y aura assez d’OGM (et de fibre optique car on en bouffera peut-être…) pour nourrir toute la planète !

Et puis faute de pouvoir encore s’affirmer climato-sceptiques, soyons climato-attentistes. On verra bien… Et puis de toute façon on n’y peut rien, n’est-ce pas ?

A Marseille sur la plage le changement climatique est pris avec fatalisme


A propos :

Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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