Migrants : la solution

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« (…) la lâcheté habitue à voir mourir de la façon la plus atroce les autres, avec la plus étrange indifférence. Je meurs et cela même me nuit. »
Pier Paolo Pasolini (1922-1975)
Poésie en forme de rose,
traduit de l’italien par René de Ceccaty, p. 53, Rivages poche, Paris, 2015 (Garzanti, Milano, 2001)
(Si vous connaissez peu, ou pas, ou mal ce grand créateur à la « vitalité désespérée », suivez les liens qui précèdent.)

Je meurs et cela même me nuit.
C’est ce que pourrait dire chaque migrant lorsqu’il perd la vie aux barbelés de Ceuta, dans le tunnel sous la Manche ou dans les eaux de la Méditerranée (et ils sont déjà des milliers, 2000 depuis janvier 2015, (source OIM, Organisation Internationale pour les Migrations), encore 200 le 6 août 2015.

Les médias en parlent désormais chaque jour. Comment s’y prendre pour les dissuader de fuir la misère, les persécutions, les guerres, le terrorisme, tout cela généré par qui, par quoi : Françafrique, Chinafrique, lobbies, multinationales, pillage des ressources forestières, minérales, des matières premières, oligarchies prédatrices, élite et dirigeants corrompus, malfaisance planétaire des hyper-riches, folie sanguinaire pseudo religieuse qui aspire une jeunesse désœuvrée, déboussolée, sans avenir ?
– Ah oui, entend-on encore comme un vieux refrain auquel plus personne ne prête attention, il faudrait vraiment travailler au « développement » des ces pauvres pays ! – « Développement durable »? 
Mais non il faut être réaliste et continuer à investir des millions d’euros pour toujours plus de barbelés, de caméras infra-rouges, de chiens renifleurs, de policiers… En Hongrie on va jusqu’à construire une clôture de 175 km et 4 m de haut à la frontière de la Serbie.
Et comment réagit-on là où il fait encore bon vivre par la conso (car pour le reste…). D’aucuns reprennent la vieille antienne raisonnable d’un ex premier ministre français (socialiste !) : 
« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. ». Mais la richesse oui, quand par exemple on privatise temporairement une plage pour les besoins d’un potentat gazier et pétrolier du golfe. Ces « étrangers » là sont toujours les bienvenus, ils sont les fleurons de « l’immigration choisie » !
D’autres, modérés et dubitatifs, diront laconiquement qu’il n’y a pas de solution, évacuant ainsi le problème, ou bien encore comme à propos de tout ce qui déraille et de façon plus radicale : « Tant qu’on n’est pas concerné, on s’en fout ! ».

Selon « l’Euro-baromètre » (un machin qui existe selon les médias), l’immigration est devenue le premier sujet d’inquiétude des européens, avant le chômage, la « crise » et le reste… De quoi sont-ils inquiets au fait ces braves européens ? D’avoir à partager la provende des supermarchés, ces caddies débordants que l’on règle à coup de carte bleue ? Il y a déjà les SDF (des humains réduits à l’état d’acronyme), ceux là on s’y est habitué. Rares sont ceux qui leur accordent un regard, voire une obole. Et puis l’État parvient à les gérer. Il y a le 115 (même s’il est engorgé), les mouvements caritatifs et ceux qui répondent toujours présents à la formule magique scandée dans les médias : « Faites un don ! ».
Mais sur 
ce problème des migrants, qui, à la mesure du chaos régnant actuellement dans plusieurs régions du monde, ne peut que s’amplifier, ils ont tous l’air dépassé. De l’indifférence on passe à l’inquiétude. Et ensuite ? On sait à qui tout cela peut profiter. On n’ose imaginer ce sur quoi cela pourrait déboucher.
Avec les centaines de tentatives d’intrusion quotidienne dans le tunnel sous la Manche, la tension monte entre la France et l’Angleterre dont les ministres de l’intérieur se retrouvent main dans la main dans l’impasse du tunnel ! On entend d’âpres déclarations de part et d’autre. Les « frenchies » sont jugés irresponsables. La Grande Bretagne aurait décidé de criminaliser ceux qui hébergent des migrants et de supprimer une indemnité dérisoire de survie aux déboutés du droit d’asile pour 
« casser son image d’eldorado » (médias). Pitoyable !

Anecdotes récentes, contraste :

Théophraste entre parfois dans une librairie qu’on pourrait qualifier d’« anarcho-libertaire ». Récemment il y engage la conversation avec une cliente qui avait pris plusieurs livres et s’apprêtait à les régler avec sa carte gold. Il évoque la situation des migrants à Paris sous des tentes ou sur les trottoirs et s’entend répondre « qu’il n’y a pas de place et qu’il faut les disperser ». Il conseille alors vivement à cette brave dame d’aller sur place et interrompt la conversation. Avec ces bons livres elle allait sans doute se refaire une bonne conscience, peut-être sur une plage méditerranéenne, bien loin de la Libye et de Lampedusa… Mais les eaux de « mare nostrum », la grande bleue, charrient désormais la mort, des centaines et des centaines de cadavres au jour le jour qui hantent cette mer illustre devenue littéralement un cimetière marin. Y songera-t-elle cette belle âme en s’enduisant de crème solaire, comme ces milliers de touristes bronzés, insouciants et si bien dans leurs tongs ?

Par ailleurs, Théophraste comme d’autres s’est rendu plusieurs fois sur deux sites parisiens où étaient regroupés des migrants. Il a fait comme d’autres, apporté quelques vêtements, un peu de nourriture qu’il a parfois remise à une cantine improvisée, parfois donnée individuellement à l’un ou à l’autre. Le contact le plus émouvant qu’il ait eu est avec un soudanais qui lui avait souri. Un bref dialogue s’était engagé avec des bribes d’arabe, une langue que Théophraste bafouille depuis un très lointain séjour de quelques années au Maroc. Cet après-midi de dimanche de fin juillet, entre deux épisodes caniculaires, il faisait froid sous le pont Charles de Gaulle. Observant ce regroupement de tentes au bord de la Seine il eut ce mot : « Meskine ! » (C’est malheureux !) que le jeune homme soudanais reprit. « Meskine ! » dit-il à son tour. En lui serrant la main Théophraste fut impressionné par la dignité qui émanait de lui. Alors surgissant d’une mémoire vieille de plusieurs décennies, lui l’athée, il s’entendit prononcer cette formule de salut religieux en arabe : « Que Dieu te protège ! ». « Que Dieu te bénisse ! » lui fut il répondu.

Et si on sortait un peu plus nombreux de cette indifférence, de la peur de l’autre, de ces petits égoïsmes individuels, de cette myriade de replis sur soi, de ces cœurs fermés comme le sont les visages dans les transports en commun quand ils ne sont pas secs ou desséchés comme les végétaux atteints par la canicule ? D’aucuns le font, des jeunes, des moins jeunes, des vieux. Ils vont au devant des migrants, leur apportent comme ils peuvent nourriture, matelas, couvertures dans la rue, dans des squats, dans la « jungle » de Calais. Ils tentent de leur enseigner aussi un des premiers moyens de survie quand on est « étranger » : la langue française.
Ils se substituent à ces 
« pouvoirs » dits « publics », trop souvent défaillants (1), trop souvent aux abonnés absents ou au contraire si prompts à la répression, à la dispersion comme le souhaitait la brave dame « libertaire ». Ils font ce qu’ils peuvent mais ils le font avec cœur, avec courage, avec – faut-il employer ce mot par ailleurs infiniment galvaudé mais sans lequel la vie humaine n’a pas grand sens – avec « amour ». C’est tout simplement qu’ils ont toujours au fond d’eux mêmes le sens de ce qui nous renvoie tous à notre propre humanité et relève l’actuel dévoiement de ce qui, depuis l’Antiquité, est un devoir intangible, une vertu, l’hospitalité (2).

« L’Étranger qui vit loin de ses compatriotes et des siens devrait plus que quiconque être aimé des hommes et des Dieux. »
PLATON  (428 env. – 347 env. avant J.-C.)
Les Lois, V, 729.

  1. Aux dernières nouvelles l’ONU demande à la France de se préoccuper sérieusement de la situation à Calais, la Grèce est dépassée par l’afflux de migrants notamment dans l’île de Lesbos et pire encore dans l’île de Kos (voir les photos récentes d’un matraquage par la police : ici et cette vidéo). En fait rien n’est prévu et la Grèce demande l’aide de l’U E qui lui demande de rembourser les super greniers à finances du DFU (Dieu Fric Universel) : FMI, BCE !.
    La Belgique quant à elle vient de créer 2500 places d’hébergement pour les migrants. (sources : Journal France Culture, JT France 24, 7/8/15).
    A Paris les migrants squattent un ex lycée hôtelier dans le 19e, 
    le lycée Jean Quarré, la Mairie de Paris tolère et s’engage à le transformer en un centre d’hébergement temporaire.

  1. Pour Jacques Derrida (1930-2004) l’hospitalité doit être inconditionnelle ou pure. Il propose le concept de « ville-refuge » duquel pourrait émerger « un autre droit d’asile, une autre hospitalité qui transformerait le droit international ».
    (Suivez les liens qui précèdent, c’est passionnant.)

« Il est inacceptable qu’au XXIe siècle des personnes fuyant les conflits, les persécutions, la misère et la dégradation des terres doivent endurer ces terribles expériences dans leurs pays d’origine, (…) pour finalement mourir aux portes de l’Europe. » 
William Lacy Swing
Directeur général de l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations)


A propos :

Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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