Venise : du sublime à la décrépitude

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Théophraste était à Venise*, il y a peu. Ce n’était pas le but du voyage puisqu’il se rendait à Casarsa Della Delizia (Frioul) et que pour s’y rendre il fallait passer par Venise. De Casarsa il sera question dans un autre article.
* lien vers la page Wikipedia qui vaut la peine d’être consultée

De Venise il n’avait que de vagues souvenirs d’un premier voyage il y a 3 ou 4 décennies (la vie passe très vite, il faut être bien jeune pour ne pas s’en rendre compte). Et on ne revient  pas à Venise sans s’y arrêter.

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Quelques impressions et des images accessibles en diaporamas :

Et non pas un topo historico-touristique. Théophraste aime les œuvres d’art comme il aime la nature mais il n’en étudie pas l’histoire. Il se laisse capter par ce qui accroche son regard et ne recherche ni ne retient aucune référence érudite. Il prend des photos avec un petit appareil entièrement automatique sans autre projet que de garder trace de ce qu’il a vu, admiré, qui l’a ému, surpris, captivé, séduit.

Venise est bien sûr un endroit exceptionnel, une merveille. C’est aussi un piège à fric inondé de touristes (15 millions par an), comme la place Saint Marc dont l’atmosphère change cependant à la nuit tombée et peut devenir fascinante. Il suffit aussi parfois de passer un pont pour se retrouver sur une place plus calme, dans un quartier modeste où les petites choses de la vie quotidienne deviennent beaucoup plus abordables.

La visite du Palais ducal, du Musée Correr, de la Ca’ Rezzonico (entre autres) fait mesurer la grandeur, la richesse, la puissance de cet empire maritime, de cette République dite sérénissime placée sous la légendaire protection de Saint-Marc et de son lion ailé, une République  dont l’ordre social a perduré plus de dix siècles, un ordre social  qui semble-t-il suscitait l’admiration du monde et qui était fondé sur la domination d’une oligarchie richissime et de redoutables institutions à la tête desquelles était bien sûr le doge, littéralement le chef !

Les palais magnifiques qui longent le Grand Canal et font de ce trajet en vaporetto l’un des plus séduisants de Venise manifestent cette concurrence dans la richesse et la puissance. Ils ont cependant aujourd’hui perdu les fastueuses couleurs dont ils étaient ornés et n’échappent pas à cette atmosphère d’inéluctable décrépitude qui empreint la ville.

Et c’est bien sûr l’omniprésence de l’eau qui en est la cause. On peut marcher à Venise où on oublie les voitures mais il faut aussi prendre ce curieux transport en commun qu’est le vaporetto (il batello). Chaque traversée est une micro aventure maritime pour peu que l’on reste à l’extérieur et se tienne à l’avant du bateau. Il faut savoir garder son équilibre, le bateau vient parfois heurter l’embarcadère à l’accostage et les embarcadères eux-mêmes ne sont pas fixes. Ainsi comme il a été vu une fois, un touriste âgé, fraîchement arrivé de l’aéroport, peut-il s’étaler de tout son long en tirant derrière lui ses 2 valises à roulettes, mais trop lourdes à l’évidence.

Le trafic sur la lagune est aussi très intense : vaporetto, bateaux-taxis, transporteurs de marchandises, hors-bord et parfois un énorme navire de croisière. Tout cela se croise sans cesse et sans collision apparente !

Sur les canaux, dans les gondoles on voit beaucoup de touristes asiatiques, sans doute majoritairement chinois.

Les lignes du vaporetto fonctionnent 24 heures sur 24, environ toutes les demi heures. Assis dans un kiosque d’attente Théophraste fit remarquer à une dame que l’embarcadère était plutôt remuant et lui demanda si le trafic était interrompu en cas de tempête. Non, répondit-elle, ce n’est pas dangereux. Et elle ajouta : « Mais dans ce cas là moi je ne le prends pas car je ne sais pas nager » !…

Un matin de cette mi-septembre, sur la place Saint-Marc, alors qu’il avait plu un peu durant la nuit, l’eau avait déjà formé de vastes flaques et des estrades avaient été déployées pour permettre aux touristes désireux de visiter la basilique de faire la queue (toujours impressionnante) les pieds au sec. Prémices plutôt précoces de ce phénomène bien connu à Venise :
l’acqua alta (suivre ce lien pour plus d’info). Un phénomène d’inondation qui survient maintenant une centaine de fois par an de septembre à avril. Chaque année 6% des marbres et des pierres, 5% des fresques et 3% des tableaux sont détériorés.


Paul Valery aurait dit : « Venise va se noyer. Peut-on imaginer plus belle mort pour cette ville ? » C’est bien toutefois ce qui risque d’arriver en conséquence du réchauffement climatique et de la montée des eaux que la COP 21 (et celles qui suivront ?!) seront probablement bien incapables d’enrayer.
Mais puisque c’est la survie de l’humanité elle-même qui est en jeu !…

Ainsi ce lieu désormais hors du temps où se sont exprimés tant d’artistes dont le fabuleux prêtre roux Antonio Vivaldi, où se sont affirmées tant de puissance et de gloire, dont l’histoire a retenu la liste de ces hauts personnages que furent les doges, tels Dandolo (élu à 85 ans), Faliero (décapité pour avoir trahi la République), Foscari (contraint d’abdiquer après 34 ans de règne), pour n’en citer que trois, cette merveille où l’expression de la beauté dans les œuvres humaines touche parfois au sublime, s’abîmera-t-elle  dans les eaux d’une lagune devenue incontrôlable. Les millions de touristes l’auront alors désertée… Pour aller où ?…

        

Au loin, vu du vaporetto (retour de Murano) le cimetière de Venise, l’île San Michele :

Non, la forme humaine échouée ci-dessous sur des blocs de béton à côté de l’arrêt du vaporetto Giardini biennale et livrée aux clapotis de la lagune, n’est pas un cadavre de migrant comme il s’en trouve aujourd’hui en Méditerranée. C’est du bronze et c’est de l’art car à deux pas  se trouve l’entrée des Jardins de la biennale d’art contemporain, ex Giardini pubblici. Son auteur et les édiles de Venise en l’installant à cet endroit il y a sans doute plusieurs années n’imaginaient sans doute pas qu’une telle sculpture pourrait évoquer toutes ces morts tragiques. Mais de tous les touristes insouciants qui  l’aperçoivent nul peut-être hormis Théophraste ne songe  aujourd’hui à y voir un tel symbole…

Liens vers deux diaporamas (les photos ne sont pas légendées)
Cliquer au centre de l’image puis sur l’icône « étirer le contenu du diaporama » en haut à droite :

Extérieurs Venise, Palais Ducal, Murano l’île des verriers
(111 photos, 5′ 33)

Musée Correr, Musée Archéologiquue, Ca’ Rezzonico
(54 photos, 2′ 42)


A propos :
Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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Qui est Théophraste

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