La terre de Pasolini

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CASARSA DELLA DELIZIA  (Frioul)
Un paese « di rustic amour » *

* frioulan, la traduction ne s’impose pas, mais il manque un accent aigu sur le o de amour, inexistant sur un clavier français !

Un diaporama accessible par le lien proposé en bas de page.

     Plus sur Pasolini : Nous sommes tous en danger : L’ultima intervista

Pasolini (1922-1975) est d’abord connu et reconnu en France en tant que cinéaste mais c’est aussi un romancier, essayiste et surtout un grand poète*.

Casarsa della Delizia est le pays de son enfance et de sa jeunesse (1943-1949). C’est en fait le village d’origine de sa mère où elle possédait une maison, aujourd’hui propriété de la Région autonome Friuli-Venezia Giulia qui en a fait un superbe Centre d’études, le Centro studi Pier Paolo Pasolini.

Pasolini ressentira très tôt le besoin d’écrire et de publier ses premiers poèmes en frioulan : Poesie a Casarsa (1941-42), cette forme d’affirmation linguistique étant déjà pour lui l’expression d’une résistance au fascisme.

Casarsa ayant subi d’importants bombardements durant la deuxième guerre mondiale est aujourd’hui une bourgade sans caractère mais la présence de Pasolini y est prégnante.

     

      Pier Paolo Pasolini en 1947

La directrice du Centre, une demeure de souvenirs et d’émotion qui héberge d’intéressantes expos photos consacrées à Pier Paolo,  accueille les visiteurs et leur fait connaître les lieux où Pasolini a vécu, écrit, enseigné. Ainsi Versuta tout proche de Casarsa où avec sa mère Susanna Colussi, elle même institutrice, il avait ouvert dès octobre 1944 dans leur domicile une petite école gratuite  pour les enfants du village.

C’est peu après en  février 1945 que son frère Guido qui a rejoint les résistants est tué par une milice de partisans pro-communistes favorables aux visées yougoslaves sur le Frioul. La nouvelle de sa mort plongera Pasolini et sa mère dans un grand désarroi.


Guido Pasolini

A Versuta, une localité proche de Casarsa, on peut visiter aujourd’hui une charmante petite église dont Pasolini a mis à jour de très anciennes fresques qui étaient couvertes de plâtre, les ayant décapées avec des oignons.
On peut supposer que cette expérience a pu lui inspirer le personnage de Giotto qu’il interprète lui même dans le Décaméron (vidéo, extrait, 3′ 50).

Versuta : la « Chiesetta di Sant’Antonio Abate »

Deux ouvrages de Pasolini traduits en français sont à découvrir pour qui s’intéresse à cette période frioulane :

Le rêve d’une chose (L’Imaginaire -Gallimard), titre original : Il sogno di una cosa, qui retrace la rencontre de trois jeunes gens pauvres du Frioul, leur amitié, leur exil en Suisse et en Yougoslavie, leurs désillusions, l’effondrement de leur rêve, la mort pour l’un d’entre eux. Ce texte extrêmement touchant manifeste la tendresse et la compassion que Pasolini pouvait ressentir pour ces jeunes paysans qu’il a côtoyés durant toutes ces années.
Les anges distraits (Folio Gallimard) regroupe un choix de textes tirés du recueil : Un paese di temporali e di primule, littéralement : Un pays d’orages et de primevères. Certains d’entre eux font référence à son expérience pédagogique :
Du journal d’un enseignant (Écoliers et anthologies, École sans fétiches, Enseigner la poésie), Romàns.

Anecdotique à Casarsa :
Pasolini est bien sûr très connu mais aussi très aimé à Casarsa.
Une conversation s’engage avec la marchande de fruits et légumes dans la rue principale. Il est vite question de Pasolini. Cette dame âgée a connu la tante et la mère de Pier Paolo. Elle raconte que lorsqu’il était petit et n’allait pas encore à l’école, le matin quand il s’éveillait, Pier Paolo demandait à sa tante d’ouvrir la fenêtre, s’asseyait sur son lit et improvisait un poème.

Un habitant se souvient de La Callas lorsqu’après le tournage de Médée, à l’invitation de Pier Paolo, elle est venue à Casarsa. Et il décrit comment elle était vêtue.

Au cimetière dont il vient de franchir le portail Théophraste se demande où peut bien être la tombe de Pier Paolo.Il avise un homme qui arrive dans l’allée centrale. Avant même qu’il ait pu lui poser la question, l’homme fait un geste et dit : « Elle est là. »

 Plus sur Pasolini : Nous sommes tous en danger : L’ultima intervista

Au cimetière de Casarsa la tombe collective des résistants où est inhumé son frère Guido est toute proche de celle où Pier Paolo repose au côté de sa mère.

   

Diaporama
Les photos ne sont pas légendées. 
Cliquer au centre de l’image puis sur l’icône « étirer le contenu du diaporama » en haut à droite :

Casarsa, Versuta, San Vito al Tagliamento, Sacile, Pordenone, Udine
(84 photos, 4′ 12)

Théophraste prend des photos avec un petit appareil entièrement automatique sans autre projet que de garder trace de ce qu’il a vu, admiré, qui l’a ému, surpris, captivé, séduit.

 Poèmes de jeunesse  (Poésie Gallimard)
   Je suis vivant  (Nous)


A propos :
Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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