PASOLINI PRÉMONITOIRE !

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1975 – 2015

Comme en écho aux ravages du présent quelques brèves citations des Lettres luthériennes (texte écrit en 1975, dont certains chapitres toujours actuels, et à maints égards plus que jamais) :

(…) « la télévision* et, sans doute bien pis encore, l’école obligatoire** ont réduit tous les jeunes et les adolescents à de minables petits bourgeois de deuxième série, chipoteurs, complexés, racistes »
* dont il relève « la stupidité criminelle » et que dire aujourd’hui d’Internet et de ses « réseaux sociaux »…
** Pasolini critiquait alors l’école secondaire italienne : « une école d’initiation à la vie petite bourgeoise ». Une critique tout aussi recevable pour le 2e degré français.

Et surtout ceci comme en préfiguration de cette vague de criminalité qui déferle sur le monde, l’Europe et tout dernièrement Paris :

« Tout va bien : il n’y a pas dans le pays des masses de jeunes criminaloïdes, ou névrosés, ou conformistes jusqu’à la folie et à l’intolérance la plus totale : les nuits sont sûres et sereines, merveilleusement méditerranéennes ; les enlèvements, les hold-up, les exécutions capitales, les millions de vols et de vols à la tire ne concernent que les pages des faits divers dans les journaux, etc. Tout le monde s’est adapté, soit par la volonté de ne s’apercevoir de rien, soit par la dédramatisation la plus inerte. »

Pier Paolo PASOLINI,
Lettres luthériennes  Petit traité pédagogique, p. 85-86, Points Seuil
(6,90€)

 Pasolini

Tout le monde s’est adapté.

Et 40 ans plus tard, alors que la société italienne n’a toujours pas élucidé ((le fera-t-elle jamais?) les circonstances de l’atroce assassinat de PASOLINI, les « jeunes criminaloïdes » (et criminels!) courent les rues, obéissant aux fascinantes injonctions d’abjects manipulateurs, massacrant, semant la terreur dans les villes opulentes, hier Londres, Madrid, aujourd’hui Paris, « ville des lumières », phare multi-symbolique pour l’humanité entière.

Et la peur pourrait bien s’installer durablement aux paradis de la consommation.

On peut « détruire Daesh » (ce qui à l’évidence ne sera pas simple), cette « jeunesse criminaloïde » trouvera d’autres causes mortifères en lesquelles investir ses élans criminels. S’il n’y a bien entendu aucune excuse à chercher à ces individus, fussent-ils manipulés et sous emprise, il est quand même légitime de s’interroger sur les raisons de cette porosité mentale relativement récente chez des jeunes de plus en plus nombreux, et notamment dans les pays développés, à une idéologie pseudo religieuse et barbare.

Or il faut le constater aussi, la société de consommation dont Pasolini dénonçait déjà l’influence délétère sur l’Italie des années 70 : l’homologation consumériste (voir cette brève vidéo de 6’02 ici) accomplit des ravages dans les esprits, dès le plus jeune âge.
Le crime explose et se banalise, chez les jeunes, dans les familles et à tous les étages de la société, comme en témoignent les campagnes médiatiques récurrentes sur le harcèlement à l’école (et aussi sur les « réseaux sociaux ») ou les violences faites aux femmes, battues, violées, tuées par leurs « compagnons » ou leurs « maris » ! En France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son « compagnon » !
En témoigne aussi la surpopulation des prisons où de temps à autre un jeune se pend, un détenu en tue un autre ou agresse un gardien. En témoigne encore une insécurité grandissante dans les transports et les lieux publics ayant entraîné une généralisation des caméras de surveillance qui, dans un tel contexte, font évidemment preuve de leur efficacité. Et ne parlons pas de la criminalité financière, de la délinquance en col blanc qui n’ont jamais cessé.

Les médias se font l’écho, quasi quotidiennement, de ce qui s’apparente toujours à des faits divers certes, mais qui relèvent parfois de l’innommable. Ainsi assiste-t-on médusé à une levée des inhibitions, à de terrifiants passages à l’acte et à l’expression d’une bestialité qu’on croyait ne plus avoir jamais à connaître. La drogue et les armes circulent dans les quartiers et on tue parfois sauvagement et parfois des individus très jeunes.

Or comme le note Pasolini « le modèle d’insolence, d’inhumanité, de cruauté, est identique pour la masse des jeunes tout entière » (Ibid, p. 84).

Et encore : « La masse des jeunes ignore le traditionnel conflit intérieur entre le bien et le mal ; son choix est celui de la pétrification, de la fin de la pitié. » (Ibid, p. 206 – 207).

Et tout le monde persiste à s’adapter.

Quarante ans après Pasolini, nous sommes tous confrontés à ce désastre, mais qui va au fond des choses, qui s’interroge sur les raisons profondes d’une telle dérive ? En réponse : indifférence, repli sur soi, méfiance et cette peur sourde qui affleure dans les regards inquiets. Qu’en est-il de ce lien social, de ce « vivre ensemble » dont se gargarisent les politiques ?

On peut « détruire Daesh », cette société de la consommation et de l’hyper-consommation suscitera de nouvelles tragédies, activera de nouvelles pulsions criminelles tout aussi imprévisibles que celles qui s’emparent actuellement de tant de jeunes cerveaux et produisent tant d’actes si monstrueusement inhumains.

Quand prendra-t-on la mesure de l’urgence ? Quand fera-t-on la prise de conscience collective qui s’impose et en tirera-t-on toutes les conséquences collectivement? Cette société de la consommation et de l’hyper-consommation avec son arme redoutable de déstructuration mentale, la publicité et qui se travestit dans la permissivité, l’hédonisme et la jouissance infinie est une société aussi misérable qu’inhumaine qui, aux quatre coins du monde, détruit l’environnement, détruit la nature, détruit l’humanité, détruit la vie.

« L’écroulement du présent implique celui du passé. La vie est un amas de ruines insignifiantes et ironiques. »
(Ibid, p. 84)

Nous sommes tous en danger : L’ultima intervista

La terre de Pasolini (Frioul)

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A propos :
Dans un monde de douleur et d’effroi

Théophraste ne prétend pas changer la société et encore moins le monde. Il conçoit et diffuse ce blog comme il le peut, d’abord et avant tout pour témoigner de ses inquiétudes et de son indignation mais aussi de sa confiance en la nature qu’il se garde cependant de déifier. Il espère ce faisant, dans un contexte de déshumanisation globale, préserver sa propre humanité et peut-être, sans trop savoir ni prétendre, celle de ses éventuels et fugaces lecteurs. Par ailleurs, les croyances, les incohérences, les appétits de réussite, de pouvoir, d’argent, de sexe, l’orgueil souvent démesuré, l’ordinaire mépris que nuance à peine l’indifférence, la méfiance souvent pathologique, les susceptibilités souvent maladives, le besoin souvent compulsif de dominer et d’être le plus fort, la jalousie souvent insidieuse, l’hypocrisie et la lâcheté souvent sans bornes, le perpétuel côtoiement de l’intelligence et de la bêtise chez ses « frères humains »* le laissent pantois. Il réfute tous les mots en isme, à commencer par le nihilisme, et ne s’estime pas plus philosophe qu’écrivain (en dépit de son nom de « plume » qui est aussi un prénom). Il est vrai qu’il écrit mais si peu…

S’il dérange ce n’est ni par plaisir, ni par goût de l’exagération, mais par un besoin vital d’ajustement au réel, à ce qui est et à ce qui devient dans ce monde de douleur et d’effroi. Enfin hormis la perception factuelle et quasi quotidienne de tout ce qui précède, il n’a au fond de lui même qu’une seule certitude, c’est qu’il ne sait rien.

* Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
François Villon (1431-1463)
La Ballade des pendus


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