La parabole des porcs-épics

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Théophraste communique souvent sur le net des infos pas toujours réjouissantes qu’il adresse à des amis et des connaissances. Parfois il a aussi envie de partager ce qui l’a ému ou touché. Ce fut le cas récemment pour cette merveilleuse musique :

Antonio Vivaldi Concerto con molti strumenti RV558

Un de ses correspondants lui ayant écrit en le remerciant que c’était « mieux que toutes les infos lues précédemment » il lui a répondu ceci :

Bien-sûr c’est mieux que les dernières infos. Mais le monde est ainsi fait ; la  beauté, le sublime côtoient la laideur, l’horreur, la corruption. Je suis sensible à tous ces aspects de la vie humaine et je m’efforce de communiquer ce que je ressens car je crois, sans pouvoir expliquer ni pourquoi, ni comment  que nous avons tous la même « âme* ». Chez certains c’est la vilenie, la cruauté et le crime qui prédominent, chez d’autres la compassion, la sensibilité, parfois le génie et pour l’immense majorité des humains la médiocrité.

* Ce mot est employé ici par défaut.

La pensée est alors revenue sur les propos d’un philosophe allemand que Théophraste ne connaissait que de nom, que par sa réputation de pessimisme et de réalisme et dont il n’avait jamais rien lu. C’est au détour d’une émission radiophonique qu’il entendit parler de ce texte de SCHOPENHAUER , un texte si parlant sur la difficulté des relations humaines :

La parabole des porcs-épics

« Par une froide journée d’hiver un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.  La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer. »
Parerga & Paralipomena, Aphorismes sur la sagesse dans la vie

« La conséquence de tout cela est que la sociabilité de chacun est inversement proportionnelle à sa valeur intellectuelle, et dire de quelqu’un : Il est sauvage, signifie déjà presque : C’est un homme de qualité… »
Parerga & Paralipomena, Aphorismes sur la sagesse dans la vie

« La politesse est déni conventionnel et systématique de l’égoïsme dans les petites choses qui font le commerce quotidien, et elle passe à juste titre pour une forme d’hypocrisie ; ce qui n’empêche pas qu’on la recommande et qu’on la loue. Car ce qu’elle cache, l’égoïsme, est si vilain que, sans l’ignorer, on préfère ne pas le voir, comme on veille à mettre au moins un rideau devant des objets répugnants. »
Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique

Arthur SCHOPENHAUER (1788-1860)

porc-épic

NB : A propos de cette parabole, un lecteur écrit à Théophraste :
« Schopenhauer s’est servi de cette « parabole » pour étayer son discours de comparaison avec l’homme. Mais, le porc-épic peut replier ses épines sans problème et ne va pas piquer un congénère. Sinon, comment se reproduirait-il? » 
Les humains sont aussi capables de replier leurs épines mais ils ne le font pas toujours et s’infligent parfois (souvent ?…) de sérieuses blessures au propre comme au figuré.

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