Fantasme d’extermination

Peut-être plus qu’à la différence, l’ère est donc au fantasme de séparation, voire d’extermination. Elle est à ce qui ne met pas ensemble, qui ne réunit point ; à ce que l’on n’est point disposé à partager. A la proposition d’égalité universelle qui permettait, il n’y a pas si longtemps, de contester les injustices substantielles s’est graduellement substituée la projection souvent violente d’un « monde sans » – le « monde du grand débarras », celui des musulmans qui encombrent la cité, des Nègres et autres étrangers que l’on se doit de déporter, des terroristes (ou supposés tels) que l’on torture soi-même ou par procuration, des juifs dont on regrette qu’il y en ait eu tant à avoir échappé aux chambres à gaz, des migrants qui accourent de partout, des réfugiés et de tous les naufragés, ces épaves dont les corps à s’y méprendre, ressemblent à autant d’amas d’ordures, le traitement en masse de cette charogne humaine, dans sa moisissure, sa puanteur et sa pourriture.

Achille MBEMBE, Politiques de l’inimitié, p56-57, La découverte, Paris, mars 2016

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Achille MBEMBE, né en 1957, franco-camerounais, est professeur d’histoire et de science politique et chercheur à l’université du Witwaterstrand à Johannesburg (Afrique du Sud)

Deux interviews récentes à Libération (extraits) :

Des «hommes-marchandises»La condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleurLe nègre est devenu post-racial. (…)

Les Grecs sont en effet les nouveaux Nègres d’Europe. On peut leur imposer à loisir le genre de traitement que l’on n’impose qu’aux peuples vaincus lors d’une guerre. La sorte de mépris dans lequel on ne tient que les Nègres leur est étendue.(…)

Une société qui refuse de se voir donner son identité par l’Autre est une société profondément malade, agitée par toutes sortes de troubles. (…)

 La guerre externe permet à la démocratie de faire reculer le spectre de la guerre civile. (…)

Il faut par ailleurs comprendre que la guerre est devenue un rouage essentiel de la vie économique et technologique des démocraties. Elle est devenue une nécessité et ne relève plus de l’épisodique. (…)

Et bien, vive la poésie ! Elle est d’autant plus nécessaire que la trajectoire inverse, à savoir la relation d’inimitié, est implacable. On a besoin d’ouvrir portes et fenêtres. On a besoin d’un peu d’air par ces temps touffus et irrespirables.

Achille Mbembe globe penseur

Achille Mbembe : La France peine à entrer dans le monde qui vient

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