« Mon suicide »

Ainsi que les guillemets l’indiquent il ne s’agit pas de celui de Théophraste mais d’un auteur peu connu qui fut prof de Maths en Suisse et se tira une balle dans le cœur le 7 novembre 1925 au petit matin.

Henri ROORDA (1870-1925)

Il fut aussi un chroniqueur, un philosophe et un humoriste brillant, doté d’une belle ironie mais avant tout un homme de cœur.

« Je vais peut-être me rater. Si les lois étaient faites par des hommes charitables, on faciliterait le suicide de ceux qui veulent s’en aller. (…)

Il faudra que je prenne des précautions pour que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d’un être sensible. »

Tels sont les derniers mots de ce petit essai qu’il faut lire si on aime la vie car ce petit livre est plein de vie. Paradoxal n’est-ce pas pour quelqu’un qui à l’âge de 55 ans a décidé d’en finir ?

Avant d’aller chercher ce livre chez l’éditeur (Éditions du Sonneur 5, rue Saint-Romain Paris 6e) Théophraste avait lu un autre essai du même auteur :

Le pédagogue n’aime pas les enfants

On le trouve pour quelques euros aux Éditions Mille et une nuits. Car ROORDA fut ce qu’il est convenu d’appeler un pédagogue libertaire c’est à dire le contraire de ce que sont communément les profs, ces pédagogues qui n’aiment pas les enfants.

« Un grand progrès sera fait quand l’Éducateur aura le courage d’être quelque chose de plus qu’un fonctionnaire. »

On en est encore bien loin n’est-ce pas ?
« Aimer les enfants », les jeunes d’une manière générale n’est pas un prérequis dans l’Éducation dite nationale française comme dans pratiquement tous les systèmes éducatifs dans le monde entier et pourtant un « pédagogue », un instit, un prof comme on dit aujourd’hui qui n’aime pas les enfants, qui n’aime pas les jeunes, ne devrait pas exercer ce métier.

Et quand pour la nième fois on parle dans les médias de recrudescence des « pensées suicidaires » chez les jeunes (lire ici), on ne s’interroge pas trop car les jeunes doivent s’adapter à la société qui ne leur fera pas de cadeau (et ils le savent de plus en plus tôt), les met en compétition, les formate à l’employabilité, à son pendant le chômage et à la misère subséquente …

Mais revenons à ce dernier petit livre d’Henri ROORDA qu’il avait d’abord pensé intituler « Le pessimisme joyeux »

RoordaMonSuicide

par quelques extraits et quelques liens :

Mon rêve est absurde. Qu’on le conçoive d’une manière ou d’une autre, le bonheur durable est impossible. On ne s’est peut- être pas trompé en disant à l’homme : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Mais, alors, faut-il souhaiter que la vie continue ? La société se défend contre l’égoïsme de l’individu parce qu’elle veut durer. Pourquoi durer ? Vers quel avenir désirable allons-nous ? Le Créateur qui, paraît-il, est très intelligent, doit se dire, par moments, que son œuvre est vaine. Je radote. Penser, réfléchir, est le fait d’une intelligence imparfaite. L’Intelligence Infinie ne pense pas : elle se confond avec l’absolue stupidité ! Dieu ne se dit sûrement rien du tout. Quand on me parle des Intérêts Supérieurs de l’Humanité, je ne comprends pas. Mais j’aime le râble de chevreuil et le vieux bourgogne. Et je sais ce qu’il peut y avoir d’adorable dans la poésie, dans la musique et dans le sourire de la femme.
in : Les Provisions

Aujourd’hui, je vois clair dans mes graves erreurs ; mais c’est trop tard. Je comprends trop tard l’importance du rôle que joue l’argent dans la société moderne. Maintenant je sais. Lorsque je pénètre dans une de ces magnifiques banques que l’on a construites récemment à Lausanne, j’éprouve une émotion sacrée : je suis dans le temple de la Religion Vivante. Il n’y a pas d’hypocrites parmi les fidèles que j’y rencontre : aucun d’eux ne doute de la toute-puissance de son dieu.

L’argent fait le bonheur. Pendant la grande guerre de 1914, des hommes riches ont sacrifié généreusement leurs enfants sur l’autel de la Patrie. Mais, plus tard, quand la Patrie a eu besoin d’argent, ces hommes vertueux ont mis leur fortune en lieu sûr. Leur conscience ne leur a pas commandé d’aller jusqu’au sacrifice suprême. Non seulement, celui qui possède assez d’argent peut vivre confortablement, hygiéniquement et agréablement ; mais il a aussi des loisirs pour cultiver son « pot de fleur intime »,
Humble géranium ou palmier triomphant.

Le riche peut renouveler sa vie. Le pauvre ne peut pas attendre. Si le métier qu’il exerce depuis quelques années lui inspire maintenant de la répulsion, il doit continuer quand même. Pour faire un apprentissage nouveau, pour partir dans une direction nouvelle, il faudrait avoir de l’argent.

Le pauvre et le riche peuvent commettre les mêmes erreurs ; mais, pour le riche, ces erreurs auront des conséquences moins graves. Si j’avais de l’argent, je ne m’infligerais pas la peine de mort, et je pourrais consoler celle à qui j’ai fait beaucoup de mal.

Le riche a le choix : il peut être généreux ou ne pas l’être. S’il le voulait, il pourrait, pendant quelques années, mener une existence de pauvre. Le pauvre, lui, n’a pas le choix.

Quand on possède une volonté de fer, on peut fort bien se passer de la richesse. À l’ordinaire, le pauvre remplace « l’énergie indomptable » qui lui manque par de la résignation.

Les gens très pauvres et très honnêtes sont des êtres insuffisamment nourris. Observez-les : aucune chaleur ne rayonne de leur âme. Ils sont juste assez nourris pour pouvoir continuer. C’est, d’ailleurs, tout ce que leur demande la Société qui a besoin d’eux.

Je me représente la tête que feraient les riches si les pauvres prenaient l’habitude de se suicider pour abréger leur existence grise. Ils diraient sûrement que c’est immoral. Et quels moyens n’emploieraient-ils pas pour empêcher l’évasion de leurs prisonniers !

Il est plus facile au riche qu’au pauvre d’oublier ses grands chagrins : il peut partir ; et, en changeant le décor de sa vie, il changera aussi, par moments, le cours de ses pensées. Qui sait si, en y mettant le prix, il ne trouvera pas l’amie qui l’aimera « pour lui-même » ? Quand elle a beaucoup d’argent, une femme laide paraît moins laide. Le riche Monsieur T. parle avec tant d’assurance qu’on ne remarque pas tout de suite qu’il est bête. Quant au pauvre, il est exposé tous les jours à des humiliations.

Souvent parce qu’ils sont pauvres, des époux qui ont cessé de s’aimer, des êtres qui se détestent doivent continuer à vivre ensemble. La séparation n’est pas à la portée de toutes les bourses.

Le riche n’est pas obligé d’être hypocrite : il a la sécurité. Avoir de l’argent, c’est pouvoir compter sur l’avenir. L’argent, c’est la vie future.

Il y aura toujours des pauvres parmi nous ; une société composée uniquement de riches ne serait pas viable. Mais à l’individu qui n’a aucun goût pour les travaux forcés, il reste une ressource : c’est de s’en aller.
in : L’argent

Un professeur qui touche son traitement à la fin de chaque mois est souvent un naïf qui se fait de la vie une idée absurde, car il a trop de temps à consacrer à des spéculations désintéressées.

Dans notre monde de négociants et de financiers, l’homme normal est celui qui, du matin au soir, ne pense qu’à de l’argent. Celui-là sait que la vie est un combat qui recommence chaque jour. Il comprend la nécessité d’être attentif et prudent. Je l’ai constaté bien des fois : dans ses conversations, le banquier M. M. ne s’abandonne jamais complètement ; c’est un homme qui a des pensées à cacher.

En me jugeant meilleur que M. K. et que M. M. j’étais vaniteux et stupide. Il faut de la force pour gagner et pour épargner de l’argent ; il n’en faut pas pour le dépenser. Les moyens que ces messieurs emploient pour s’enrichir manquent souvent d’élégance ; mais ce sont des moyens licites. Monsieur K. a fait son devoir. Il a des provisions et il pourra donner une petite dot à chacune de ses filles.
Mon intelligence de luxe ne m’a jamais aidé à devenir plus fort ; le délicat que je suis était fait pour dépenser aristocratiquement l’argent gagné par les autres. Je vais m’en aller, car il me serait très difficile de supporter les conséquences de ma coupable imprévoyance.
Jeunes gens, enrichissez-vous* !
in : J’ai mal vécu.
*Un propos qu’on a pu entendre au printemps 2017 dans la bouche du président Macron quand il était en campagne électorale…

Pour que la société dure avec sa structure actuelle, il faut que les individus se marient et fondent des familles. Mais dans l’immense majorité des cas, le mariage est un lien qui fait souffrir. Deux êtres « qui sont faits pour s’entendre » ne sont pas nécessairement faits pour vivre ensemble, du matin au soir et du soir au matin, quarante ans de suite. Parce qu’ils sont doués de sensibilité et d’imagination, par le simple fait qu’ils sont vivants, l’homme et la femme sont incapables d’obéir au représentant de l’État, qui leur dit : « Il faut que désormais vos sentiments ne changent plus. » (…)
Ceux qui se marient ne savent jamais ce qu’ils font. (…)
Le mariage peut être une chose atroce.

* Existera-t-il un jour une société très différente de la nôtre, où les individus pourront plus facilement se rapprocher et se séparer les uns des autres ?
in : C’est une mauvaise action

Les professeurs de morale sont des fonctionnaires payés par l’État (aux professionnels, s’ajoutent, d’ailleurs, de nombreux amateurs) pour intimider l’individu pendant que celui-ci est encore jeune, afin que, plus tard, il ait honte de se montrer tel qu’il est. Ce moyen que la société emploie pour se défendre est excellent : elle peut ainsi réduire au minimum le nombre de ses gendarmes.

Quand je suis venu au monde, mon innocence, si mes souvenirs ne me trompent pas, était parfaite. À quel âge me suis-je perverti ? Et pourquoi me suis-je perverti ? (…)
On veut que je sois « responsable » pour avoir le droit de me punir : voilà tout. En inculquant à l’individu le sentiment du Devoir, l’État est moins brutal et plus habile que s’il se contentait en cas de conflit, d’invoquer le droit du plus fort. Souvent, en satisfaisant nos vrais désirs, nos vrais besoins, nous nuirions à notre prochain. Notre devoir social est donc à l’ordinaire de contrarier notre nature profonde. En somme la société demande à l’individu d’être ce que physiologiquement il n’est pas. Ne soyons pas étonnés si l’action que l’éducateur exerce sur la jeunesse produit beaucoup d’hypocrites et quelques révoltés.
Peut-on dire sérieusement à un jeune homme très bête : « Ton devoir est de devenir très intelligent » ?
(…)
Un ami m’a fait remarquer que, si je continuais à vivre, mon sort paraîtrait encore enviable à la plupart des humains. Il a raison. Mais je ne comprends pas ces êtres vieillis, pauvres et malheureux qui veulent absolument durer. Qu’espèrent-ils ? Parmi eux, il y a des solitaires qui n’aiment personne et des malades qui alourdissent le fardeau que portent leurs proches.
J’ai besoin de vivre avec ivresse. Bien des fois, le matin, en me rendant à l’école, j’ai été déprimé parce que je commençais une journée ou il n’y aurait rien, rien que l’accomplissement du devoir professionnel. Je ne suis pas un homme vertueux, puisque cette perspective ne me suffisait pas. J’ai besoin d’apercevoir, dans l’avenir prochain, des moments d’exaltation et de joie. Je ne suis heureux que lorsque j’adore quelque chose. Je ne comprends pas l’indifférence avec laquelle tant de gens supportent chaque jour ces heures vides où ils ne font pas autre chose que d’attendre.
(…)

Je suis un égoïste qui a beaucoup aimé. J’ai gaspillé ma tendresse comme j’ai gaspillé mon argent. Il devait y avoir dans ma machine thermique un vice de construction, car il s’en échappait constamment de la chaleur qui se perdait dans le vide immense. Souvent, ceux qui se sont approchés de moi ont été réchauffés, une minute, par mon rayonnement tiède.
(…)

Il y a des gens économes qui ne desserrent qu’avec prudence les cordons de leur cœur. Ceux-là ne savent pas faire un bon accueil à l’inconnu qui s’approche. Moi, je souris tout de suite si l’inconnu a une bonne tête. Cela tient à l’extrême mobilité de mon muscle zygomatique.

in : Le professeur de morale et le physiologiste

Tout ce qu’il y a en moi de bon, je le dois à la société. Dans le monde actuel, si je ne pouvais compter que sur ma force de vertébré supérieur, je serais incapable de me nourrir et de me défendre. L’individu qui peut vivre seul, dans le désert, s’est d’abord développé dans le milieu social, qui lui a fourni les armes de toutes sortes dont il a besoin.

Je ne saurais pas parler si je n’étais pas né parmi les humains. Ce sont les hommes qui m’ont appris à penser. C’est la société qui m’a révélé toutes les choses belles qui m’ont fait aimer la vie. Je sais que pour durer, elle a besoin de la violence et du mensonge ; mais ce sont ses écrivains qui m’ont parlé de la justice et qui ont mis en moi l’esprit de révolte. Je dois aux autres tout ce que je possède : mes idées et mes joies aussi bien que mes vêtements.

Mais, bientôt, la société nous reprend tout ce qu’elle nous a donné. Après avoir mis dans notre esprit des images exaltantes, elle nous empêche, par sa morale et par ses lois, de satisfaire nos désirs et, souvent, nos besoins les plus impérieux. Ses éducateurs commencent par cultiver en nous le goût de ce qui est beau ; puis elle enlaidit notre vie en faisant de nous des machines.

La société est la plus forte : elle se débarrasse facilement des individus qui la gênent. Mais, dans bien des cas, c’est l’individu qui a raison contre elle : il est déjà le représentant d’une société meilleure. C’est en se révoltant contre la société qu’on accomplit parfois son devoir social.

Pour que la vie continue, il faut que les hommes consentent, chaque jour, pendant de longues heures, à être des machines. Mais la machine n’est pas tout. De ceux qui ont pour tâche d’enrichir la vie intérieure des êtres jeunes, on fait des automates et des maniaques. Depuis trente-trois ans j’enseigne à mes élèves les mathématiques élémentaires. Chaque année, chaque jour, je débite des règles et des formules immuables. (Quant à mes digressions elles sont certainement contraires au Règlement.) Il y a des phrases que j’ai dû énoncer si souvent que, parfois, le dégoût les arrête sur mes lèvres. L’État ne fournit pas à ceux qui instruisent les écoliers l’occasion de renouveler leur besogne et de rajeunir ainsi leur pensée. Tient-il à ce qu’on enthousiasme les jeunes gens ? Non, l’enthousiasme est dangereux.

Moi, j’aime les commencements, les départs, l’élan nouveau.
« Ah ! les premières fleurs, qu’elles sont parfumées ! »

Aux enfants qu’on m’a confiés, je dois parler, chaque jour, de choses qui occuperont une bien petite place dans leur vie. Dans le fond de mon cœur, j’excuse les « paresseux » qui trouvent tout cela ennuyeux. Pour les rendre attentifs, je dois faire du bruit et dépenser beaucoup de bonne humeur. L’École a le tort d’enseigner à tous trop de choses qui ne sont intéressantes que pour certains spécialistes. L’enfant, dit-on, doit apprendre à obéir. Soit ! Mais que les adultes apprennent à commander raisonnablement.
J’étais fait pour aimer le métier que j’exerce ; et ma cordialité aurait certainement été efficace si, au lieu d’être le maître de mes élèves, j’avais pu être leur entraîneur. La perspective de reprendre mes leçons me déprimerait moins si ceux qui me paient me disaient : « Vous donnerez à ces enfants ce qu’il y a de meilleur dans votre pensée ».
Je ne ressemble pas à ces fonctionnaires qui sont fiers d’être un « rouage » de la machine sociale. J’ai besoin d’être ému par les vérités que j’enseigne.

L’individu et la société (cité in extenso)

Ce sont les gens rangés, les amis de l’ordre, qui font la stabilité de l’édifice social. Il importe que leur masse soit considérable. Ce sont eux qui fondent des familles. Ils font des petits à leur image, lesquels, à leur tour, se reproduiront ; et, ainsi, la vie continuera.
On leur a dit : « Croissez et multipliez ! » Et ils obéissent.
Faut-il admirer sans réserve ces êtres respectueux qui jouent si bien leur rôle de bons citoyens ? Quelle serait la saveur de la vie si la société n’était composée que de ces êtres-là ? C’est peut-être leur manque d’imagination qui leur permet d’être si uniformément vertueux. Ils vivent avec prudence ; ils ne mettent dans leur existence que les petites choses permises ; ils surveillent leurs gestes et leurs paroles ; ils n’ont jamais de grands élans ; ils ne connaissent pas l’exaltation et l’adoration. Et, souvent, le respect les rend bêtes.
Il faut que, de temps en temps, un désordre se produise dans le monde pour que les choses nouvelles puissent naître. Le désordre est toujours provoqué par de mauvais citoyens, des enthousiastes qui se sont grisés avec des mots.
(…)
Je n’étais pas fait pour vivre dans un monde où l’on doit consacrer sa jeunesse à la préparation de sa vieillesse.

in : Les gens rangés, les bons citoyens

« Je m’en aperçois trop tard. Longtemps j’ai aimé des chimères et je n’ai serré dans mes bras que du vide. Rassurée par ma timidité, Adrienne a parfois un sourire encourageant. Mais, au moment de tendre les mains vers elle, je suis arrêté par un scrupule : je suis gêné ! Elle est jeune et je ne le suis plus. Je pourrais être son père… Comprends-tu ça ? »
« Oui, je comprends. »
« Un autre se contenterait de caresser sa peau douce. Mais, moi, je suis affamé de tendresse.
« Songe à la fréquence de ces regards furtifs qu’échangent l’homme et la femme quand ils se rencontrent dans la rue ou dans un lieu public. Trop moral ou trop timide, l’individu refoule en lui ses instincts ; et il y a dans le monde des millions de cœurs qui ont faim.
« Dans une obscurité profonde où elle ne verrait pas mes cheveux blancs, je voudrais serrer éperdument dans mes bras une femme qui aurait la même émotion que moi.
(…)
« L’homme est condamné à la tristesse parce qu’il a de l’imagination, parce qu’il pense, parce qu’il est sorti de l’animalité ».

in : Ce qui dure trop

Il y a des existences anormales qui aboutissent tout naturellement au suicide. Voilà tout.
(…)
Lorsqu’on est totalement dépourvu de méchanceté, on peut faire, quand même, énormément de mal. Je voudrais demander pardon à quelqu’un, mais les mots que je devrais dire n’existent pas.
(…)
Beaucoup de personnes considèrent le suicide comme un crime. Mais elles ne se disent pas qu’il y a deux sortes de muflerie : celle des criminels et celle des honnêtes gens.
Un minimum de muflerie est indispensable pour vivre.
Un philosophe a dit : « J’ignore ce que peut être un scélérat, mais le cœur d’un honnête homme c’est affreux ».
(…)
Mais je me fais une idée juste des choses infiniment précieuses que je vais perdre. Il me semble que je distingue mieux, maintenant, ce qui, dans la vie, a de la valeur. Je suis heureux de voir le ciel, les arbres, les fleurs, les animaux, les hommes. Je suis heureux de VOIR. Je suis heureux d’être encore vivant. Je voudrais poser encore une fois mes mains sur les seins d’Alice pour ne pas être seul.
« Pour ne pas sentir à ma dernière heure
Que mon cœur se fend ;
Pour ne pas pleurer, pour que l’homme meure
Comme est né l’enfant. »
(…)


Il y a beaucoup d’hypocrisie chez ceux qui continuent à vivre. Est-ce que sans le mensonge la vie sociale serait possible ? Non.
Le mensonge, l’hypocrisie : voilà, peut-être, ce qui distingue le mieux l’homme de l’animal.
(…)
Le moment de mon suicide approche. Je suis tellement vivant que je ne sens pas les approches de la mort.
(…)

« Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées ! »
« Que l’espace est profond ! Que le cœur est puissant »

(…)
in : Dernières pensées avant de mourir

Si vous aimez la vie comme Théophraste achetez ce petit livre (on peut le commander dans n’importe quelle librairie, 5€ !). Ou si vous êtes parisien descendez au métro Duroc, prenez la rue de Sèvres et vous trouverez la rue Saint-Romain. Au n° 5 les Editions du Pacifique partagent leur enseigne avec les Editions du Sonneur. Vous y serez bien reçu et la petite collection comporte des titres très intéressants. Lisez ce petit livre, il vous aidera à vivre. Et offrez le à une personne que vous aimez, vous l’aiderez à vivre !

Quelques liens :

  • Le site de l’association des amis d’Henri ROORDA : ici
  • Bibliothèque sonore romande : des extraits lus de 4 œuvres de ROORDA ici
  • Bibliothèque numérique romande :
    Plusieurs œuvres de ROORDA  en texte intégral :  
    On ne badine pas avec l’infini
    – Le roseau pensotant
    – Le pédagogue n’aime pas les enfants
    – A prendre ou à laisser
    – Le rire et les rieurs, Mon suicide
    téléchargeables en Pdf  ici

 ________________________

Pourquoi Thébaïde News : lire Présence et retrait
Lire aussi :
Qui est Théophraste
___________________

Voir aussi La bibliothèque de Théophraste :
Éclectisme poético-philosophico-littéraire au fil des jours.

Contacter Théophraste : lionelf@laposte.net

Publicités