Une psychanalyste au BHV

Il y a peu Théophraste faisait la queue au BHV Marais à Paris, un grand magasin où on trouve tout , enfin à peu près tout. Il voulait payer ses achats : moult accessoires d’arrosage pour pallier ses absences à la thébaïde car les plantes ont aussi soif que les dieux et si on ne les abreuve pas elles crèvent alors que les dieux qui poussent frénétiquement dans l’imaginaire humain sont increvables. Mais passons.

La queue était impressionnante, de longues minutes d’attente devaient être envisagées.

Théophraste précédait une dame d’un certain âge qui lui fit un sourire fatigué et la conversation démarra ainsi. Très vite ils surent que l’une était psychanalyste, qu’elle recevait en thérapie des enseignants malheureux, souffrant de l’exercice de leur métier et que l’autre avait été prof, avait craqué à un moment de ce difficile parcours mais qu’il avait tenu bon et jouissait aujourd’hui des délices de la retraite…

Théophraste allait bientôt pouvoir régler ses achats et il ne sut que répondre lorsque la dame lui dit qu’elle en avait rédigé des certificats médicaux pour la MGEN (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale à laquelle sont affiliés quasiment tous les profs) et que tous ces patients là ne retournaient plus devant les élèves, soit parce que plus diplômé et plus chanceux, d’aucun intégrait par exemple le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) ou que carrément il démissionnait de l’Éducation Nationale. Et elle eut ce propos quasi désespéré : « Mais que va-t-il se passer si plus personne ne veut éduquer ? ». A quoi Théophraste répondit par un sourire quasi compassionnel et un au revoir chaleureux.

AuLouvre

1983 : ici se trouve aujourd’hui la pyramide du Louvre

Et cette rencontre anecdotique n’aurait jamais donné lieu à ce récit si à la suite de la publication de « Mon suicide » il n’avait reçu par mail une réaction de protestation. Non pas à propos du texte de ROORDA qui énonce de telles vérités imparables sur notre cafouilleuse nature humaine mais parce que ROORDA prétend (et Théophraste à la suite) que les « pédagogues » non libertaires, les profs, n’aimeraient pas les enfants. Voici un copié-collé du propos de ce lecteur et de la réponse qui lui fut faite immédiatement :

« Bonsoir! 

Libertaire peut-être, mais profondément injuste: je connais beaucoup d’enseignants, mais tous aiment les enfants. Par contre le cadre dans lequel ils travaillent ne favorise pas la manifestation de l’amour des enfants!
Bien à vous ! »

Bonsoir,
L’étiquette libertaire importe peu. C’est d’ailleurs un mot valise…
Certes il est des enseignants qui aiment les enfants. Ceux là souffrent particulièrement de ce cadre dont vous parlez et que je connais quand même assez bien, y ayant passé 54 ans de ma vie : entré à 4 ans à l’école maternelle, sorti à 58 ans… Mais un grand nombre d’enseignants arrivent à s’y faire et à mener confortablement leur « carrière ».*
Et je peux vous assurer que tous les profs n’aiment pas les enfants, certains qui m’ont « éduqué » étaient de quasi tortionnaires (années 50 bien sûr). Et maintenant ce sont des enseignants qui se font agresser et frapper par des élèves, par des parents. Ce cadre est malsain et pourquoi les enseignants qui sont les premiers à en souffrir ne se solidarisent-ils pas pour imposer à leur hiérarchie (c’est ça le « mammouth » à dégraisser, corps d’inspection à supprimer notamment), la vraie réforme qui s’impose ? Mais ce serait révolutionnaire n’est-ce pas ?
Bien à vous.

* Il y en a même qui font durer le plaisir jusqu’à avoir atteint la limite d’âge afin de décrocher un max de fric avant de partir en retraite, C’est tellement « humain » n’est-ce pas ? Et ça s’appelle la « hors classe » (quand Théophraste prenait le train au début des années 50 à l’époque où son instit le martyrisait parce qu’il écrivait mal il montait en 3e classe…). Dans l’Éducation Nationale française c’est comme en Inde, un système de castes. C’est un peu compliqué à expliquer tellement c’est tordu. Le néophyte se reportera avantageusement au B O E N, le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale, une anthologie exponentielle des absurdités de ce système prétendument éducatif . Macron le réformera-t-il aussi à coup d’ordonnances comme le code du travail ?  En fait d’ordonnances Théophraste ne connaît, comme l’immense majorité des français, que celles de son médecin. 

Comme on le sait depuis belle lurette, le type d’éducation qu’on donne aux enfants conditionne le type de société dans laquelle vivent les adultes. Et si on considère la société française aujourd’hui (et c’est kif kif dans le monde entier), ce n’est vraiment pas brillant. Mais ça tient toujours… C’est du solide !

Théophraste a entendu une seule fois dans la bouche d’un ministre dit de l’Éducation nationale un propos qu’il a toujours partagé et tenté de mettre en pratique dans ses « classes » :

« L’enfant doit d’abord être heureux à l’école »

arabe

hebreu

Il l’a même rencontré ce ministre là lors de l’inauguration d’une toute première version d’Expo-Langues au Grand Palais le 25 avril 1984, ayant exposé dans un espace jeunes des travaux multilingues de ses élèves originaires des quatre coins du monde. Ce ministre qui s’appelait Alain SAVARY (1918-1988) fit partie du gouvernement Mauroy sous François Mitterrand dont il démissionna en juillet 1984 (suivre le lien qui précède pour plus d’info). C’est dire si de fin avril à juillet 1984 Théophraste n’eut même pas le temps de faire ces « propositions » que lui avait demandées le ministre sur le vécu scolaire et une approche transculturelle de l’éducation dont ils avaient brièvement parlé.

expo2

Et ce n’est pas ici qu’il les fera car qui s’y intéresserait ? Ou peut-être les résumera-t-il en posant d’abord cette question fondamentale reliée à l’apprentissage basique de la conjugaison des deux verbes auxiliaires.

francais

S’agit-il d’éduquer à être ou à avoir ?

ToHaveOrToBe

L’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est.

Ivan ILLICH (1926-2002)
Une Société sans école

LaPorte

Porte

Dans un an, en mai 2018, nous fêterons le cinquantenaire de la dernière révolution française (mai 1968) et la présidence girouette droite-gauche aura déjà un an (ou peut-aura-t-elle déjà tourné court ?…). Or une frange révoltée de la jeunesse se dit « ingouvernable ».
Théophraste, avec ses 70 balais se prend à rêver…

Ici même on pourra lire ou relire Education et conscience ou encore
Ils étaient étrangers.

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Pourquoi Thébaïde News : lire Présence et retrait
Lire aussi :
Qui est Théophraste
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