Du train au fiasco globalisé

Du vécu : en conséquence Théophraste renoncera à s’exprimer de manière compassée à la 3e personne et dira je comme tout le monde.

Regardez je trouve ça sur le twitter de ma nièce, c’est super intéressant, ça nous concerne tous et … la grande majorité d’entre nous s’en fout.
Je l’ai constaté encore hier en prenant le train pour la thébaïde où je suis bien au chaud ce matin.
Nous sommes assis, le train ne part pas, la loco a été  installée avec retard. Bon ce n’est rien en comparaison de ce qui se passera après la mise en oeuvre des européo-macronneries (privatisation en 2019 et c’est déjà « en marche » !).
Je m’exclame : « Ah ! Comme d’habitude ! » car c’est fréquent.
Une dame assise tout près réagit :  » Vous connaissez la ligne ! » et la conversation démarre et tout le coin de wagon en profite.
Après avoir brocardé OuiSNCF je suis sur le smartphone et ces minerais rares qui le rendent opérationnel et que des enfants extraient pour nous au Congo. La dame est au courant car on le voit, elle est éduquée, avenante, elle lit un livre d’Amélie Nothomb et jette des regards furtifs à son petit écran.
Le ton change quand je dérive sur le nucléaire car je suis discursif et très loquace comme le savent ceux qui me fréquentent un peu. On sent qu’on aborde là un sujet tabou. Le coin du wagon retient son souffle.

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Un ginkgo en automne

Théophraste qui pérégrine régulièrement entre Paris et la thébaïde, un ermitage laïque en pleine nature où il se rend à pied et par les transports en commun (faut-il le rappeler?) s’est avisé de planter sur ce petit domaine de 1200 m2 acquis il y a 8 ans avec ses modestes économies de petit prof, fils de pauvres sans héritage (faut-il le rappeler également ? Cf infra : 70 balais, banzaï !) l’un des arbres les plus vieux de la Terre, antérieur aux dinosaures, un arbre qui ne brûle pas et qui a été le premier à repousser après Fukushima, le Ginkgo Biloba*.

Des arbres et des arbustes il en avait déjà planté sur ce terrain qui il y a 8 ans était une véritable friche mais une friche arborée : des haies d’hibiscus, de lilas et de forsythias livrés à eux-mêmes, un immense sapin qui ne cesse de croître… auxquels il avait ajouté, parallèlement à un travail intensif de défrichage, un cerisier, un pommier, des arbres à papillons etc. Lire la suite

Le cauchemar climatique

Peu de temps après la publication de ce texte d’autres cyclones ont sévi dans la zone caraïbe et dévasté deux petites Antilles, Saint-Martin et Saint-Barthélémy puis Cuba, la Floride, partiellement Hispaniola (Haïti et Saint-Domingue) et beaucoup plus sérieusement La Dominique et Porto Rico.

Il n’est que de lire le texte ci-dessous et de suivre les liens qui renvoient à des publications antérieures pour prendre la mesure de ce qui risque de se produire et dont l’effet nécessairement dévastateur ne sera pas totalement négatif si les humains commencent à prendre conscience de ce que la nature tente de leur communiquer avant de bouleverser drastiquement l’état du monde voire de les anéantir. Ce n’est peut-être pas pour demain mais c’est en cours. La prise de conscience et les inflexions qu’elle entraîne commencent toujours chez quelques individus.  Seriez vous de ceux là ?

-°-

Houston (Texas), quatrième ville des États-Unis, dévastée par un super typhon d’une intensité record jamais égalée (avec quelques incidences sur les plate-formes pétrolières dans le golfe du Mexique et une usine chimique française…), des pluies torrentielles durant des jours et des jours, de gigantesques inondations ; les médias pronostiquant des dizaines de milliards de dégâts (des dizaines de milliards de petits billets verts « in god we trust ») et des années et des années pour la reconstruction. Mais le temps des reconstructions passera. Car ce ne sont que les prémices de probables dévastations bien plus considérables, bien plus irrémédiables et de reconstruction il ne sera un jour même plus question. Lire la suite

Un jardin d’utopie (s) : la thébaïde

Un jardin d’utopie, c’est ainsi qu’historiquement à Paris fut d’abord désigné le Jardin des Plantes du Roi avant qu’il ne devînt plus simplement le Jardin des Plantes annexé au Muséum d’Histoire Naturelle, un lieu merveilleux de promenade en toute saison, sauf peut-être certains dimanches après-midi ensoleillés lorsqu’il y a foule comme dans tous les espaces verts de Paris.

Alors pourquoi la thébaïde de Théophraste s’apparenterait-elle à un jardin d’utopie ?

Une utopie, selon l’étymologie grecque du terme, signifie « en aucun lieu » . Par extension, ce qui relève de l’idéal, de l’imaginaire. Une conception ou un projet qui paraît irréalisable comme dit Le Robert et qui liste pour synonymes : chimère, illusion, mirage, rêve, rêverie.

Faut-il le rappeler ? La thébaïde c’est au cœur d’une ancienne province française, une humble maisonnette en pleine nature, à l’orée d’un gros village où comme on dit « il y a tout », un terrain de dimensions modestes entièrement clos de haies d’hibiscus, forsythias, lilas,chèvrefeuilles, un bois attenant de grands sapins et de feuillus bruissant d’oiseaux, des prairies alentour où paissent pacifiquement un âne, quelques chevaux et de belles vaches blanches (qui ne savent pas ce qui les attend, voir les vidéos de L214 (si vous avez le courage regardez ici, 4’31 terrifiantes) et relire peut-être le texte d’Ovide : Rien ne meurt), avec pour horizon un moutonnement de très vieilles collines chargées d’histoire…

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« Le monde ne sera pas détruit …

par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Albert Einstein

« Frères migrants » :
la déclaration des poètes de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau :

« Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel. »

Patrick Chamoiseau

ImgSOSméditerranée

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Réfugiés : l’effondrement moral des européens

Et plus généralement des occidentaux

Montaigne (1533- 1592) est toujours considéré comme un des grands écrivains français On l’enseigne toujours au lycée, en principe…

« On demandait à Socrate d’où il était . Il ne répondit pas : « D’Athènes », mais : « Du monde ». Lui qui avait son imagination plus pleine et plus étendue, embrassait l’univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain, non pas comme nous qui ne regardons que sous nous. »
Montaigne , Essais, I, 26, De l’institution des enfants

Quel humain tiendrait ce genre de réponse de nos jours ? Ainsi suis-je de Paris, de France, de Munich, d’Allemagne mais aussi d’Alep, de Syrie, de Khartoum, du Soudan etc… La liste pourrait être aussi longue que fastidieuse et ne traduire que des réalités monstrueusement inégalitaires. Si nous nous pensions tel Socrate « du monde », accepterions nous un seul instant dans l’indifférence et (ou) le rejet qui prédominent majoritairement en Australie, aux États-Unis, en Europe (et notamment en France) ce que nos médias, nos politiques, nos (ir)responsables « démocratiquement élus » qualifient sentencieusement de « crise migratoire », « crise des réfugiés ». Elle a bon dos cette notion de crise. Ne naviguons nous pas de crise en crise, de la « crise du pétrole » des années 70 à la « crise financière » de 2008 ? Et on ne remontera pas jusqu’en 1929… Lire la suite

Fantasme d’extermination

Peut-être plus qu’à la différence, l’ère est donc au fantasme de séparation, voire d’extermination. Elle est à ce qui ne met pas ensemble, qui ne réunit point ; à ce que l’on n’est point disposé à partager. A la proposition d’égalité universelle qui permettait, il n’y a pas si longtemps, de contester les injustices substantielles s’est graduellement substituée la projection souvent violente d’un « monde sans » – le « monde du grand débarras », celui des musulmans qui encombrent la cité, des Nègres et autres étrangers que l’on se doit de déporter, des terroristes (ou supposés tels) que l’on torture soi-même ou par procuration, des juifs dont on regrette qu’il y en ait eu tant à avoir échappé aux chambres à gaz, des migrants qui accourent de partout, des réfugiés et de tous les naufragés, ces épaves dont les corps à s’y méprendre, ressemblent à autant d’amas d’ordures, le traitement en masse de cette charogne humaine, dans sa moisissure, sa puanteur et sa pourriture.

Achille MBEMBE, Politiques de l’inimitié, p56-57, La découverte, Paris, mars 2016

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Achille MBEMBE, né en 1957, franco-camerounais, est professeur d’histoire et de science politique et chercheur à l’université du Witwaterstrand à Johannesburg (Afrique du Sud) Lire la suite