« Si haut que l’on soit placé…

 

… on n’est jamais assis que sur son cul. »

Michel de Montaigne (1533-1592)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Arboretum de l’École du Brueil (Bois de Vincennes) 15/8/2016

La nature a de ces fantaisies et parvient parfois à rappeler aux plus riches et aux plus puissants ce qu’ils ont de commun avec le dernier des humains .

« Une personne sur dix dans le monde vit avec moins de deux dollars par jour. »
Lire la suite

INDIFFÉRENCE

Des températures négatives pendant des jours et des jours et nous sommes tous bien au chaud sous la couette… L’indifférence est ce que Théophraste n’a jamais compris depuis que sans l’avoir demandé il est venu dans ce monde de douleur et d’effroi.

chapellemigrants

Porte de la Chapelle, Paris, en attente de pouvoir entrer au « centre humanitaire », janvier 2017 *
Hospitalité française.

L’indifférence est un crime envers la vie et envers la souffrance.
Emil Michel Cioran, Le livre des leurres (1936)

D’autres citations d’auteurs (connus ou inconnus) glanées sur le net :

On a l’indifférence plus ou moins épaisse, comme on a la peau plus ou moins fine. 
Anne Barratin,  De toutes les paroisses (1913)

Le cœur a sa paresse, on l’appelle indifférence.
Louis Joseph Mabire, Dictionnaire de maximes (1830)

Les mots sympathie, affection, amitié, amour n’expriment que les degrés, les nuances diverses d’un même sentiment qui est inexprimable parce qu’il est infini. Aimons donc sans nous inquiéter de donner à nos sentiments un nom qui les mesure ; aimons toujours : tout le temps que nous passons dans l’indifférence ou la haine est un temps perdu pour notre amélioration et pour notre bonheur.
Auguste Guyard,  Quintessences (1847)

L’indifférence morale est la maladie des gens très cultivés.
Henri-Frédéric Amiel, Journal intime (1870) Lire la suite

Alléluia 2016

Pour la 2016ème fois le « divin enfantt » serait venu en ce monde de douleur et d’effroi.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Madonna col bambino, Musée Correr, Venise

Inutile de s’attarder sur ce qu’est devenue cette fête de l’absurde hyper-consommation occidentale et cette débauche de cadeaux inutiles, de bons sentiments, de religiosité niaise, de sur-bouffe à base de « fruits de mer », foie gras, dindes farcies, chapons fermiers, oies grasses, bûches à la crème et chocolats fourrés.

Bien sûr tout le monde ne se livre pas à de telles agapes et « Dieu merci ! », c’est le cas de le dire, certains s’emploient à faire de ces « fêtes » un moment de « sobriété heureuse » ou de partage et de tempérance raisonnée, tel Théophraste dont c’est d’ailleurs le mode de vie quotidien.

Théophraste qui cependant s’interroge en ce jour de paix quasi universelle (un oxymore du réel !). Combien faudra-t-il encore de guerres, de destructions, de massacres, de génocides, d’horreurs et de monstruosités pour que l’humanité comprenne enfin le fourvoiement ontologique de ses « religions », ses « cultures », ses « civilisations », ses « identités », ses « nationalités », ses « patries », ses « idéaux» etc, avec toujours en filigrane ses pulsions de possession et de destruction, son mythique « amour », etc, etc… (cf 70 balais banzaï). Lire la suite

Réfugiés : l’effondrement moral des européens

Et plus généralement des occidentaux

Montaigne (1533- 1592) est toujours considéré comme un des grands écrivains français On l’enseigne toujours au lycée, en principe…

« On demandait à Socrate d’où il était . Il ne répondit pas : « D’Athènes », mais : « Du monde ». Lui qui avait son imagination plus pleine et plus étendue, embrassait l’univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain, non pas comme nous qui ne regardons que sous nous. »
Montaigne , Essais, I, 26, De l’institution des enfants

Quel humain tiendrait ce genre de réponse de nos jours ? Ainsi suis-je de Paris, de France, de Munich, d’Allemagne mais aussi d’Alep, de Syrie, de Khartoum, du Soudan etc… La liste pourrait être aussi longue que fastidieuse et ne traduire que des réalités monstrueusement inégalitaires. Si nous nous pensions tel Socrate « du monde », accepterions nous un seul instant dans l’indifférence et (ou) le rejet qui prédominent majoritairement en Australie, aux États-Unis, en Europe (et notamment en France) ce que nos médias, nos politiques, nos (ir)responsables « démocratiquement élus » qualifient sentencieusement de « crise migratoire », « crise des réfugiés ». Elle a bon dos cette notion de crise. Ne naviguons nous pas de crise en crise, de la « crise du pétrole » des années 70 à la « crise financière » de 2008 ? Et on ne remontera pas jusqu’en 1929… Lire la suite

Fantasme d’extermination

Peut-être plus qu’à la différence, l’ère est donc au fantasme de séparation, voire d’extermination. Elle est à ce qui ne met pas ensemble, qui ne réunit point ; à ce que l’on n’est point disposé à partager. A la proposition d’égalité universelle qui permettait, il n’y a pas si longtemps, de contester les injustices substantielles s’est graduellement substituée la projection souvent violente d’un « monde sans » – le « monde du grand débarras », celui des musulmans qui encombrent la cité, des Nègres et autres étrangers que l’on se doit de déporter, des terroristes (ou supposés tels) que l’on torture soi-même ou par procuration, des juifs dont on regrette qu’il y en ait eu tant à avoir échappé aux chambres à gaz, des migrants qui accourent de partout, des réfugiés et de tous les naufragés, ces épaves dont les corps à s’y méprendre, ressemblent à autant d’amas d’ordures, le traitement en masse de cette charogne humaine, dans sa moisissure, sa puanteur et sa pourriture.

Achille MBEMBE, Politiques de l’inimitié, p56-57, La découverte, Paris, mars 2016

Achille_Mbembe_2

Achille MBEMBE, né en 1957, franco-camerounais, est professeur d’histoire et de science politique et chercheur à l’université du Witwaterstrand à Johannesburg (Afrique du Sud) Lire la suite

Migrants : La conscience de l’Europe ?

Tous les termes écrits en bleu sont des liens cliquables. (Accès à plus d’info, des vidéos). Pour accéder au menu déroulant des articles déjà publiés cliquer sur Thébaïde News, en haut de page.

Dans sa récente homélie pascale, sur la question des migrants le pape a stigmatisé « la conscience insensible et anesthésiée de l’Europe »

Que doit on comprendre par là ? Qu’il existerait une conscience collective commune à tous les citoyens d’Europe ? On en est bien loin quand on voit comment les pays qui la composent réagissent en ordre dispersé et contradictoire face à l’afflux des migrants. On ne va pas refaire le tableau affligeant de ce qui advient depuis des mois et des années, de Calais à Idomeni en passant par Lampedusa. De même qu’on ne s’étendra pas sur le marché de dupes conclu récemment avec la Turquie : déportations et troc de migrants pour 6 milliards d’€ par le biais d’un pays fragile où se multiplient les attentats, un pays qui fait la guerre aux Kurdes qui eux mêmes combattent Daech (!), un pays qui a déjà 3 millions de réfugiés sur son sol. L’ONU a d’ailleurs jugé illégales les expulsions collectives de migrants qui ont cependant commencé.

Ainsi elle en a de la ressource la vieille Europe… Qu’on se rassure, la honte, comme le ridicule ne tue pas. Bernard Kouchner peut dire haut et fort sur France Culture (Les Matins, 4/4/16) que l’Europe s’est « fracassée » sur la question des migrants, en dehors des ONG, des soutiens et des défenseurs des droits humains, les Européens sont plutôt atones sur la question et ne se montrent guère choqués du comportement de leurs dirigeants. Ils ont d’ailleurs ceux qu’ils méritent. Ne les élisent-ils pas démocratiquement ? Lire la suite

Migrants : angélisme ou ignominie ?

Tous les termes écrits en bleu sont des liens cliquables. (Accès à plus d’info, des vidéos). Pour accéder au menu déroulant des articles déjà publiés cliquer sur Thébaïde News, en haut de page.

« Tout se passe comme si l’hospitalité était impossible. »
Jacques Derrida
« Si l’Europe échoue, le lien avec les droits civils sera rompu. »
Angela Merkel

« En faisant la guerre aux migrants l’Europe n’est pas en cohérence avec ses principes et ses idéaux relatifs aux droits de l’homme. »
Catherine Wihtol de Wenden Journal de 13h France Inter 2/9/2015
C’est le moins qu’on puisse dire.

Même si le sujet est passé au second plan dans l’actualité il n’en est pas moins récurrent. Et d’ailleurs ces derniers temps il resurgit avec son cortège tragique de brèves désastreuses. Comment s’accommoder en effet de ces annonces lancinantes et quasi quotidiennes du naufrage ou de la mort de dizaines d’adultes et d’enfants au large de la Grèce ou de la Turquie ?

Les médias parlent maintenant d’un « enlisement de la crise des migrants » : « La plus grande crise des réfugiés depuis la seconde guerre mondiale. » Tout est « crise » !

L’angélisme c’est celui qu’on attribue à celles et ceux qui se portent au secours des migrants, associations, individus, humanitaires… à celles et ceux dont la plus élémentaire humanité refuse cet enlisement dans l’indifférence, une indifférence majoritaire dans toute l’Europe. Celles et ceux qui s’indignent de l’hostilité croissante dont les migrants sont l’objet et qui se traduit par d’insupportables violences (dernièrement des ratonnades à Loon-plage près de Dunkerque, lire ici), à commencer par l’abandon, le dénuement, l’incroyable misère, les conditions infra humaines de survie dans lesquels ils sont tenus. Fermeture des frontières, discours et agressions xénophobes, édification de clôtures, en France relégation dans ces territoires de la honte que sont Grande Synthe (voir ici : La boue au ventre : un webdoc de France 24 qui décrit les terribles conditions du camp de Grande Synthe ), la « jungle de Calais » (que l’actuel ministre de l’intérieur français avait rebaptisée « la lande » il y a quelques mois, c’était plus soft mais ça n’a pas pris, et qu’il s’apprête à « vider » prochainement, renvoyant des milliers de malheureux à l’errance). Angélisme encore depuis qu’un groupe d’individus « de type nord-africain » se sont livrés à des attouchements et des agressions sexuelles sur des jeunes femmes à Cologne, la nuit de la Saint Sylvestre et dont il faudrait reporter la responsabilité sur l’ensemble des migrants qui sont, rappelons le, des milliers, des centaines de milliers… Une intéressante mise au point à ce sujet est d’ailleurs à lire ici.

Par ailleurs des faits et des annonces médiatiques proprement hallucinants : Lire la suite