Un jardin d’utopie (s) : la thébaïde

Un jardin d’utopie, c’est ainsi qu’historiquement à Paris fut d’abord désigné le Jardin des Plantes du Roi avant qu’il ne devînt plus simplement le Jardin des Plantes annexé au Muséum d’Histoire Naturelle, un lieu merveilleux de promenade en toute saison, sauf peut-être certains dimanches après-midi ensoleillés lorsqu’il y a foule comme dans tous les espaces verts de Paris.

Alors pourquoi la thébaïde de Théophraste s’apparenterait-elle à un jardin d’utopie ?

Une utopie, selon l’étymologie grecque du terme, signifie « en aucun lieu » . Par extension, ce qui relève de l’idéal, de l’imaginaire. Une conception ou un projet qui paraît irréalisable comme dit Le Robert et qui liste pour synonymes : chimère, illusion, mirage, rêve, rêverie.

Faut-il le rappeler ? La thébaïde c’est au cœur d’une ancienne province française, une humble maisonnette en pleine nature, à l’orée d’un gros village où comme on dit « il y a tout », un terrain de dimensions modestes entièrement clos de haies d’hibiscus, forsythias, lilas,chèvrefeuilles, un bois attenant de grands sapins et de feuillus bruissant d’oiseaux, des prairies alentour où paissent pacifiquement un âne, quelques chevaux et de belles vaches blanches (qui ne savent pas ce qui les attend, voir les vidéos de L214 (si vous avez le courage regardez ici, 4’31 terrifiantes) et relire peut-être le texte d’Ovide : Rien ne meurt), avec pour horizon un moutonnement de très vieilles collines chargées d’histoire…

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« Si haut que l’on soit placé…

 

… on n’est jamais assis que sur son cul. »

Michel de Montaigne (1533-1592)

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Arboretum de l’École du Brueil (Bois de Vincennes) 15/8/2016

La nature a de ces fantaisies et parvient parfois à rappeler aux plus riches et aux plus puissants ce qu’ils ont de commun avec le dernier des humains .

« Une personne sur dix dans le monde vit avec moins de deux dollars par jour. »
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INDIFFÉRENCE

Des températures négatives pendant des jours et des jours et nous sommes tous bien au chaud sous la couette… L’indifférence est ce que Théophraste n’a jamais compris depuis que sans l’avoir demandé il est venu dans ce monde de douleur et d’effroi.

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Porte de la Chapelle, Paris, en attente de pouvoir entrer au « centre humanitaire », janvier 2017 *
Hospitalité française.

L’indifférence est un crime envers la vie et envers la souffrance.
Emil Michel Cioran, Le livre des leurres (1936)

D’autres citations d’auteurs (connus ou inconnus) glanées sur le net :

On a l’indifférence plus ou moins épaisse, comme on a la peau plus ou moins fine. 
Anne Barratin,  De toutes les paroisses (1913)

Le cœur a sa paresse, on l’appelle indifférence.
Louis Joseph Mabire, Dictionnaire de maximes (1830)

Les mots sympathie, affection, amitié, amour n’expriment que les degrés, les nuances diverses d’un même sentiment qui est inexprimable parce qu’il est infini. Aimons donc sans nous inquiéter de donner à nos sentiments un nom qui les mesure ; aimons toujours : tout le temps que nous passons dans l’indifférence ou la haine est un temps perdu pour notre amélioration et pour notre bonheur.
Auguste Guyard,  Quintessences (1847)

L’indifférence morale est la maladie des gens très cultivés.
Henri-Frédéric Amiel, Journal intime (1870) Lire la suite

Alléluia 2016

Pour la 2016ème fois le « divin enfantt » serait venu en ce monde de douleur et d’effroi.

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Madonna col bambino, Musée Correr, Venise

Inutile de s’attarder sur ce qu’est devenue cette fête de l’absurde hyper-consommation occidentale et cette débauche de cadeaux inutiles, de bons sentiments, de religiosité niaise, de sur-bouffe à base de « fruits de mer », foie gras, dindes farcies, chapons fermiers, oies grasses, bûches à la crème et chocolats fourrés.

Bien sûr tout le monde ne se livre pas à de telles agapes et « Dieu merci ! », c’est le cas de le dire, certains s’emploient à faire de ces « fêtes » un moment de « sobriété heureuse » ou de partage et de tempérance raisonnée, tel Théophraste dont c’est d’ailleurs le mode de vie quotidien.

Théophraste qui cependant s’interroge en ce jour de paix quasi universelle (un oxymore du réel !). Combien faudra-t-il encore de guerres, de destructions, de massacres, de génocides, d’horreurs et de monstruosités pour que l’humanité comprenne enfin le fourvoiement ontologique de ses « religions », ses « cultures », ses « civilisations », ses « identités », ses « nationalités », ses « patries », ses « idéaux» etc, avec toujours en filigrane ses pulsions de possession et de destruction, son mythique « amour », etc, etc… (cf 70 balais banzaï). Lire la suite

Réfugiés : l’effondrement moral des européens

Et plus généralement des occidentaux

Montaigne (1533- 1592) est toujours considéré comme un des grands écrivains français On l’enseigne toujours au lycée, en principe…

« On demandait à Socrate d’où il était . Il ne répondit pas : « D’Athènes », mais : « Du monde ». Lui qui avait son imagination plus pleine et plus étendue, embrassait l’univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain, non pas comme nous qui ne regardons que sous nous. »
Montaigne , Essais, I, 26, De l’institution des enfants

Quel humain tiendrait ce genre de réponse de nos jours ? Ainsi suis-je de Paris, de France, de Munich, d’Allemagne mais aussi d’Alep, de Syrie, de Khartoum, du Soudan etc… La liste pourrait être aussi longue que fastidieuse et ne traduire que des réalités monstrueusement inégalitaires. Si nous nous pensions tel Socrate « du monde », accepterions nous un seul instant dans l’indifférence et (ou) le rejet qui prédominent majoritairement en Australie, aux États-Unis, en Europe (et notamment en France) ce que nos médias, nos politiques, nos (ir)responsables « démocratiquement élus » qualifient sentencieusement de « crise migratoire », « crise des réfugiés ». Elle a bon dos cette notion de crise. Ne naviguons nous pas de crise en crise, de la « crise du pétrole » des années 70 à la « crise financière » de 2008 ? Et on ne remontera pas jusqu’en 1929… Lire la suite

Fantasme d’extermination

Peut-être plus qu’à la différence, l’ère est donc au fantasme de séparation, voire d’extermination. Elle est à ce qui ne met pas ensemble, qui ne réunit point ; à ce que l’on n’est point disposé à partager. A la proposition d’égalité universelle qui permettait, il n’y a pas si longtemps, de contester les injustices substantielles s’est graduellement substituée la projection souvent violente d’un « monde sans » – le « monde du grand débarras », celui des musulmans qui encombrent la cité, des Nègres et autres étrangers que l’on se doit de déporter, des terroristes (ou supposés tels) que l’on torture soi-même ou par procuration, des juifs dont on regrette qu’il y en ait eu tant à avoir échappé aux chambres à gaz, des migrants qui accourent de partout, des réfugiés et de tous les naufragés, ces épaves dont les corps à s’y méprendre, ressemblent à autant d’amas d’ordures, le traitement en masse de cette charogne humaine, dans sa moisissure, sa puanteur et sa pourriture.

Achille MBEMBE, Politiques de l’inimitié, p56-57, La découverte, Paris, mars 2016

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Achille MBEMBE, né en 1957, franco-camerounais, est professeur d’histoire et de science politique et chercheur à l’université du Witwaterstrand à Johannesburg (Afrique du Sud) Lire la suite

Migrants : La conscience de l’Europe ?

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Dans sa récente homélie pascale, sur la question des migrants le pape a stigmatisé « la conscience insensible et anesthésiée de l’Europe »

Que doit on comprendre par là ? Qu’il existerait une conscience collective commune à tous les citoyens d’Europe ? On en est bien loin quand on voit comment les pays qui la composent réagissent en ordre dispersé et contradictoire face à l’afflux des migrants. On ne va pas refaire le tableau affligeant de ce qui advient depuis des mois et des années, de Calais à Idomeni en passant par Lampedusa. De même qu’on ne s’étendra pas sur le marché de dupes conclu récemment avec la Turquie : déportations et troc de migrants pour 6 milliards d’€ par le biais d’un pays fragile où se multiplient les attentats, un pays qui fait la guerre aux Kurdes qui eux mêmes combattent Daech (!), un pays qui a déjà 3 millions de réfugiés sur son sol. L’ONU a d’ailleurs jugé illégales les expulsions collectives de migrants qui ont cependant commencé.

Ainsi elle en a de la ressource la vieille Europe… Qu’on se rassure, la honte, comme le ridicule ne tue pas. Bernard Kouchner peut dire haut et fort sur France Culture (Les Matins, 4/4/16) que l’Europe s’est « fracassée » sur la question des migrants, en dehors des ONG, des soutiens et des défenseurs des droits humains, les Européens sont plutôt atones sur la question et ne se montrent guère choqués du comportement de leurs dirigeants. Ils ont d’ailleurs ceux qu’ils méritent. Ne les élisent-ils pas démocratiquement ? Lire la suite