Horizon (s)

Quelques photos d’un paysage. Toujours le même… et jamais le même.
Quelques citations glanées sur internet.
Des images et des mots qui ont paru pouvoir s’associer, se conjuguer…

Le risque est un kairos, au sens grec de l’instant décisif. Et ce qu’il détermine n’est pas seulement l’avenir mais aussi le passé, en arrière de notre horizon d’attente*, dans lequel il révèle une réserve insoupçonnée de liberté.

Éloge du risque 
Anne Dufourmentelle

Cette femme philosophe et psychanalyste est morte noyée à l’âge de 53 ans en juillet 2017 en portant secours à des enfants sur une plage de Ramatuelle.
« Dans un entretien avec M, le magazine du Monde, à la question
« Peut-on vivre sans prendre
 de risque ? », elle avait répondu : «  La vie tout entière est risque. Vivre sans prendre de risque n’est pas vraiment vivre. C’est être à demi-vivant, sous anesthésie spirituelle. (…) Le risque commence dans les plus petits détails et gestes de la vie. Sortir de ses gonds, de ses habitudes, c’est déjà un risque. C’est se laisser altérer , c’est rencontrer l’altérité dans chaque événement. »
Plus : ici.

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NOUR : In Memoriam

« Il se prénommait Malik Nurulain mais préférait qu’on l’appelle Nour. Nour est mort le 14 février 2018, retrouvé noyé dans la Seine à Paris. Il avait 17 ans.
Victime de tortures, il avait fui le Pakistan à l’âge de 15 ans. »

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Du train au fiasco globalisé

Du vécu : en conséquence Théophraste renoncera à s’exprimer de manière compassée à la 3e personne et dira je comme tout le monde.

Regardez je trouve ça sur le twitter de ma nièce, c’est super intéressant, ça nous concerne tous et … la grande majorité d’entre nous s’en fout.
Je l’ai constaté encore hier en prenant le train pour la thébaïde où je suis bien au chaud ce matin.
Nous sommes assis, le train ne part pas, la loco a été  installée avec retard. Bon ce n’est rien en comparaison de ce qui se passera après la mise en oeuvre des européo-macronneries (privatisation en 2019 et c’est déjà « en marche » !).
Je m’exclame : « Ah ! Comme d’habitude ! » car c’est fréquent.
Une dame assise tout près réagit :  » Vous connaissez la ligne ! » et la conversation démarre et tout le coin de wagon en profite.
Après avoir brocardé OuiSNCF je suis sur le smartphone et ces minerais rares qui le rendent opérationnel et que des enfants extraient pour nous au Congo. La dame est au courant car on le voit, elle est éduquée, avenante, elle lit un livre d’Amélie Nothomb et jette des regards furtifs à son petit écran.
Le ton change quand je dérive sur le nucléaire car je suis discursif et très loquace comme le savent ceux qui me fréquentent un peu. On sent qu’on aborde là un sujet tabou. Le coin du wagon retient son souffle.

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Sortir de « l’esprit de vieillesse »

Cet article vient compléter ce qui a été précédemment reblogué.

Pasolini a été assassiné le 1 er novembre 1975.

Les jeunes générations le connaissent à peine ou pas du tout.

Dommage, bien dommage pour ces millions de jeunes occidentaux qui se pensent libres et qui sont en fait dans une incroyable « servitude volontaire », habités qu’ils sont par « l’esprit de vieillesse » » : « faire durer le provisoire aussi longtemps que nous, et après nous, qu’importe !  », retournant après chaque épisode de pseudo-révolte (Occupy wall street, Indignados, Nuit debout, pour ne citer que les plus récents) à leur classe sociale pour en cultiver les avantages (ou désavantages…) acquis, se complaisant dans le consumérisme, entretenant leur propre aliénation tout en se donnant le change. Lire la suite

« Je hais le nouvel an » Gramsci

Théophraste fait un copié-collé de ce texte toujours si pertinent depuis l’excellent site DORMIRA JAMAIS dont il recommande plus que la visite.

               

Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.  C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

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Antonio Gramsci vers 30 ans, au début des années 20.      Lire la suite

Un ginkgo en automne

Théophraste qui pérégrine régulièrement entre Paris et la thébaïde, un ermitage laïque en pleine nature où il se rend à pied et par les transports en commun (faut-il le rappeler?) s’est avisé de planter sur ce petit domaine de 1200 m2 acquis il y a 8 ans avec ses modestes économies de petit prof, fils de pauvres sans héritage (faut-il le rappeler également ? Cf infra : 70 balais, banzaï !) l’un des arbres les plus vieux de la Terre, antérieur aux dinosaures, un arbre qui ne brûle pas et qui a été le premier à repousser après Fukushima, le Ginkgo Biloba*.

Des arbres et des arbustes il en avait déjà planté sur ce terrain qui il y a 8 ans était une véritable friche mais une friche arborée : des haies d’hibiscus, de lilas et de forsythias livrés à eux-mêmes, un immense sapin qui ne cesse de croître… auxquels il avait ajouté, parallèlement à un travail intensif de défrichage, un cerisier, un pommier, des arbres à papillons etc. Lire la suite