L’Europe vue par Pasolini

Peut-être faut-il avoir déjà une certaine connaissance de l’oeuvre de Pasolini et de l’histoire contemporaine de l’Italie pour comprendre la portée de ce texte. Cette vision prémonitoire qui s’exprime au moment des prémices du « marché commun » (charbon et acier en premier lieu) trouve plus que jamais sa pertinence aujourd’hui en ce que la mondialisation et l’intensification du consumérisme ont en effet généré ce fascisme consensuel des sociétés néolibérales dans lesquelles nous survivons.
Les lecteurs qui ne connaissent pas ou très peu Pasolini peuvent consulter sur ce blog : « Nous sommes tous en danger » : ici.

Accattone

La pensée de Pasolini demeure souvent méconnue en ce qui concerne le rôle global de l’État – en dehors des critiques qu’il formule à son encontre, mais cela concerne  plutôt ses composantes, comme l’École obligatoire, les partis politiques, les huit référendums des années 1970, que l’État lui-même –, et la construction européenne. Contemporain cependant des premières dérégulations du marché commun, de la consécration du libérisme comme valeur suprême de l’Europe, Pasolini en tira une matière que l’on retrouvera dans La Rabbia. Documentaire abjuré à cause du détournement du propos qu’en fit Gastone Ferranti qui le trouva trop à gauche à son goût et y adjoignit un autre documentaire réalisé par Guareschi, célèbre pour ses récits de Don Camilloet marqué politiquement à droite. Or, le texte de la partie pasolinienne, une fois débarrassée de l’incohérence voulue par Ferranti, livre une critique féroce, mais juste, de la mondialisation – construction…

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« Je hais le nouvel an » Gramsci

Théophraste fait un copié-collé de ce texte toujours si pertinent depuis l’excellent site DORMIRA JAMAIS dont il recommande plus que la visite.

               

Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.  C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

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Antonio Gramsci vers 30 ans, au début des années 20.      Lire la suite

À propos du fascisme antifasciste

Théophraste ne se fait guère d’illusion sur la capacité de son lectorat pusillanime à comprendre ce texte qui fait écho aux perceptions prémonitoires de Pasolini. Néanmoins il le reblogue. On ne sait jamais…

Accattone


Parmi les mots les plus galvaudés de notre vocabulaire, celui de fascisme mérite de figurer en bonne place. Lancé à tort et à travers contre tout le monde et n’importe qui, sa répétition infatigable dans les joutes verbales ne se contente pas seulement de le vider de toute substance, mais lui donne paradoxalement une meilleure compatibilité avec ceux qui le brandissent que ses destinataires. La fameuse petite phrase : « les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes » s’est pleinement réalisée, quand elle n’a pas dépassé la pensée de l’auteur. Si les causes sont évidentes, qu’il s’agisse d’une bien-pensance policée, mais aussi un gauchisme qui noue avec une réelle dialectique fasciste sans même s’en rendre compte, il est intéressant de relever plusieurs éléments. Le premier, c’est qu’à l’heure actuelle il n’y a presque plus personne pour savoir ce qu’est réellement le fascisme, quand bien même nous pourrions convenir qu’il est…

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Alléluia la Terre !

Un bref point planétaire en ce jour béni (par qui ?).

On ne parlera pas des guerres, des ventes d’armes, de toutes les formes de violence… Cependant l’industrie de l’armement (c’est des emplois, c’est de la croissance !) s’inquiète de l’épuisement des ressources en métaux « stratégiques ». C’est embêtant ! Ici , sauf si on zappe.

 

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A savoir aussi :
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Un ginkgo en automne

Théophraste qui pérégrine régulièrement entre Paris et la thébaïde, un ermitage laïque en pleine nature où il se rend à pied et par les transports en commun (faut-il le rappeler?) s’est avisé de planter sur ce petit domaine de 1200 m2 acquis il y a 8 ans avec ses modestes économies de petit prof, fils de pauvres sans héritage (faut-il le rappeler également ? Cf infra : 70 balais, banzaï !) l’un des arbres les plus vieux de la Terre, antérieur aux dinosaures, un arbre qui ne brûle pas et qui a été le premier à repousser après Fukushima, le Ginkgo Biloba*.

Des arbres et des arbustes il en avait déjà planté sur ce terrain qui il y a 8 ans était une véritable friche mais une friche arborée : des haies d’hibiscus, de lilas et de forsythias livrés à eux-mêmes, un immense sapin qui ne cesse de croître… auxquels il avait ajouté, parallèlement à un travail intensif de défrichage, un cerisier, un pommier, des arbres à papillons etc. Lire la suite

Learn french : free learning for refugees

Learn, understand, speak french or improve one’s knowledge of french.
And live better in France !

Apprendre pour comprendre, parler ou améliorer sa connaissance du français.
Et vivre mieux en France !

(version française ci-dessous)

This page has been conceived for refugees, migrants, exiles* who arrive in Paris, who have obtained the refugee permit stay or not and who need to understand, communicate, speak, read and write in the language of this country : french.

I’t’s the initiative of a former teacher of french as a foreign language (FLE : Français Langue Étrangère) who has taught in special classes to kids of many origins, let’s say from the 4 corners of the world, in secondary schools of Paris during 22 years (more 3 years abroad in Marrakech – Morocco) out of a total of 37 .

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So proceeding from this experience I cannot be indifferent to what happens in the world (an organised chaos…) and in this country : France, where so many poor human beings who have escaped to death in Mediterranea (we all know about that) are looking for shelter, protection and a minimum of humanity. And the way many of them are treated by the french authorities is a great shock to me. But of course I cannot change this disastrous situation even if from time to time I sign petitions or join gatherings claiming for a change in this politics.  Lire la suite

Le cauchemar climatique

Peu de temps après la publication de ce texte d’autres cyclones ont sévi dans la zone caraïbe et dévasté deux petites Antilles, Saint-Martin et Saint-Barthélémy puis Cuba, la Floride, partiellement Hispaniola (Haïti et Saint-Domingue) et beaucoup plus sérieusement La Dominique et Porto Rico.

Il n’est que de lire le texte ci-dessous et de suivre les liens qui renvoient à des publications antérieures pour prendre la mesure de ce qui risque de se produire et dont l’effet nécessairement dévastateur ne sera pas totalement négatif si les humains commencent à prendre conscience de ce que la nature tente de leur communiquer avant de bouleverser drastiquement l’état du monde voire de les anéantir. Ce n’est peut-être pas pour demain mais c’est en cours. La prise de conscience et les inflexions qu’elle entraîne commencent toujours chez quelques individus.  Seriez vous de ceux là ?

-°-

Houston (Texas), quatrième ville des États-Unis, dévastée par un super typhon d’une intensité record jamais égalée (avec quelques incidences sur les plate-formes pétrolières dans le golfe du Mexique et une usine chimique française…), des pluies torrentielles durant des jours et des jours, de gigantesques inondations ; les médias pronostiquant des dizaines de milliards de dégâts (des dizaines de milliards de petits billets verts « in god we trust ») et des années et des années pour la reconstruction. Mais le temps des reconstructions passera. Car ce ne sont que les prémices de probables dévastations bien plus considérables, bien plus irrémédiables et de reconstruction il ne sera un jour même plus question. Lire la suite